Par Pierre Labrousse, étudiant en Master 2 d'Histoire et rédacteur en chef de Clarté


Le débat entre Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour jeudi dernier, sur BFM TV, aura permis à la chaîne, à défaut de développer la lutte contre les discours fascisants, de réaliser de belles audiences, avec 3,8 millions de téléspectateurs. Largement relayé sur les réseaux sociaux, le débat a fait polémique, notamment à gauche, sur la pertinence de son organisation.

Zemmour est un polémiste tranquillement installé depuis plus de vingt ans dans le paysage médiatique et politique français. Ce multi-condamné pour incitation à la haine raciale a pu dérouler, lors de ce débat, sa vision de l’identité française, son racisme et son sexisme tout en assumant son programme politique ultralibéral notamment en matière économique et politique. Alors que ce dernier envisage de se présenter à la présidentielle, cette médiatisation abusive lui aura surtout permis de réaliser, dans les sondages, une partie de son potentiel électoral. Mais alors, comment expliquer ce phénomène ?

Une étude Ifop, réalisée du 7 au 8 septembre 2021, nous enseigne que 19 % des français sont prêts à voter Eric Zemmour en 2022, dont 11 % probablement. Ainsi, si on peut espérer un plafond autour des 20 %, la forte montée d'E. Zemmour, donné actuellement de 9 % à 11 % selon les instituts, contre 7 % en août (Ipsos, 20/22 août ) et à 5 % en juillet ( Harris-Interactive, 2/5 juillet ) ne donne pour l'instant aucun signe de stagnation.

Concernant son électorat, il puise autant dans l'électorat LR ( 35 % prêt à voter ) qu'au sein du RN ( 31 % ). Notons que 13 % et 16 % des sympathisants LFI et EELV seraient également prêts à mettre un bulletin Zemmour, appelant ainsi la gauche de transformation sociale à la plus grande des vigilance, d'autant que le PS et LREM résistent mieux au phénomène, avec 7 % et 4 %. Cette perméabilité aux idées du populistes à gauche pourrait s'expliquer par le rejet des institutions, pouvant venir troubler les repères politiques traditionnels . Pourtant, sa conception libérale de l'économie et sa proximité avec le patronat, à l'image de Loïk le Floch-Prigent, ancien président de Elf, sont loin d'incarner une rupture sur le terrain économique.

Avec une candidature Eric Zemmour se rajoutant à celle de Marine le Pen, et d'autres micro-candidats potentiels ( Dupont-Aignant, Philippot, etc. ) des élections de 2022. Se distinguant du RN à travers un appel direct à la guerre civile et un discours masculiniste assumé, la " dédiabolisation " mise en place par le FN ne semble pas être à l'ordre du jour.

Plus que jamais, plutôt que le spectacle, c'est en faisant un véritable travail politique de fond que les forces politiques de gauche parviendront à endiguer les idées fascisantes, racistes et sexistes. Dans un contexte où les idées d’extrême-droite dominent largement la bataille idéologique, sont normalisées et abondamment relayées, il nous faut unir nos forces et consacrer  notre énergie à faire progresser la démocratie et les libertés. C’est le sens que nous donnons à  notre campagne pour le rassemblement, l’égalité et la démocratie.