Par Salomé Yhuel, étudiante en M1 Sciences sociales à l'université Paris Sorbonne.


Le  Liban traverse  depuis des mois une profonde crise démocratique et sociale. Les libanais·e·s dénoncent depuis des années la gestion inconséquente et autoritaire du pays, dirigé par une caste politique corrompue, se gavant au détriment du peuple dans ce pays où plus de 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté (cf. ONG Kulluna Irada 2020). La crise sanitaire et le confinement ont interrompu pendant plusieurs mois ce mouvement, mais ils ont également privé des centaines de milliers de personnes de travail. Le taux de chômage a bondi depuis le début de l’année 2019 : plus de 30% de  la  population est actuellement sans emploi selon l'ACS.

Certain·e·s économistes s’accordent déjà à dire que cette crise pourrait rapidement devenir l’une des plus importante de l’histoire du pays. En temps normal, un dollar équivaut à 1500 L.L (livres libanaises), il a explosé à 8500 L.L en seulement quelques mois. Ces économistes s’attendent à une dévaluation si critique qu'elle pourrait atteindre 1 dollar pour 100 000 L.L. d’ici trois ans.

Le pays, déjà au bord du gouffre, semble aujourd'hui se retrouver dans une impasse. Dans une crise économique qui a fait perdre plus de 60 % du pouvoir d’achat aux libanais·e·s, comment imaginer un avenir stable ? Dans un pays où les hôpitaux ne sont plus en capacité de fonctionner correctement, où les universités n’ont plus les moyens d’offrir des enseignements de qualité, où les denrées alimentaires voient leur prix augmenter de jour en jour, les jeunes se retrouvent démuni·e·s.

Les universités du pays, formant les travailleur·se·s de demain, n’ont pas les fonds nécessaires pour rouvrir leurs portes dans les mois qui viennent. Les jeunes, déjà étouffé·e·s par les multiples emplois qu’ils devaient cumuler pour subvenir à leurs besoins, vont se retrouver sans ressource, sans logement, et sans structure d’accueil pour la rentrée. La jeunesse est l’avenir et la force de ce pays, dont 20% des habitant·e·s ont entre 16 et 25 ans. Elle ne doit pas faire les frais de décennies de corruption, de gestion hasardeuse du pays, et n’a pas non plus à payer pour la crise économique et sanitaire.

Il est urgent que la France apporte dès à présent une aide humanitaire et financière à la hauteur des dégâts humains et matériels. Le Liban croule sous une dette représentant 170% du PIB. A l'heure actuelle, aucun fond n'a été débloqué pour soutenir son économie, alors que le pays a demandé à plusieurs reprises une aide internationale, et qu'une conférence parrainée par la France avait promis une aide de 11,6 milliards de dollars en 2018.

Vues les crises sociales et climatiques qui s'annoncent dans les décennies à venir, seule la solidarité entre les peuples permettra à l'humanité de les surmonter et de construire un avenir de paix. Commençons donc dès maintenant avec le Liban.