Par Adrien Le Fourn, étudiant en Science Politique à Paris VIII


Alors que la PPL Sécurité Globale est au cœur d’une crise politique mettant à mal la macronie, revenons sur l’un des articles les plus contestés : l’article 24. Un Pays qui se tient sage, un film documentaire de David Dufresne, est le parfait exemple du danger que représente cette loi liberticide : l'impossibilité de témoigner des dérives autoritaires.

Un Pays qui se tient sage est probablement l’un des films à voir cette année (vous pourrez le retrouver en salles dès leurs réouvertures) . Il met bout à bout des images de violences policières, toutes filmées par des journalistes ou des manifestants, au cours des manifestations des Gilets Jaunes entre 2018 et 2020. En plus de l’exposition de ces preuves des violences policières, David Dufresne nous propose une analyse des différents évènements qui ont marqué ce mouvement à travers les témoignages de sociologues, d’historien.ne.s, de manifestant.e.s mutilé.e.s, de journalistes… La mise en parallèle de ces évènements et des analyses sociologiques ou des témoignages, nous permet de prendre compte d’un phénomène dangereux pour notre démocratie : les dérives autoritaires de nos forces de police dans leur manière de maintenir l’ordre.

En effet, il apparaît alors que la stratégie de maintien de l’ordre en France est particulièrement répressive contrairement à d’autres pays. L'usage de LBD (à l’origine de nombreuses mutilations) et de gaz lacrymogène (notamment à l’origine de la mort de Zineb Redouane, à cause d’une mauvaise utilisation) est rapidement employé au cours d’une manifestation, empêchant les protestataires d’exercer l’un de leurs droits les plus fondamentaux : celui de manifester. Les violences “manifestantes” présentées par les médias au moment des faits, ne semblent alors n’être que le résultat d’une politique de non-écoute et de répression du gouvernement en place. Selon une citation que David Dufresne reprends de Don Helder Camara, il est alors hypocrite d’appeler cette violence “violence”, quand on sait qu’elle est engendrée par une violence institutionnelle (celle qui légitimise les oppressions et exploitations) et matée par une violence répressive (qui a pour but d’abolir la violence révolutionnaire).

Un Pays qui se tient sage, se fait alors l’avocat des Gilets Jaunes en pointant du doigt la violence répressive et les abus autoritaires auxquels ils se sont confrontés. Cependant, ce film n’aurait pas été possible sans les images captées et diffusées au moment du mouvement. David Dufresne était à l’origine du “allo Place Beauvau", la compilation sur son compte Twitter des images de violences policières au cours du mouvement Gilets Jaunes, c’est ces images qu’il a alors réutilisé. Elles ont donc non seulement servi à la réalisation de ce film documentaire, mais aussi au signalement de violences policières, à l’heure où les médias mainstream ne parlaient que des violences manifestantes. Regarder ce film, c’est alors se rendre compte de l’importance des images filmées au cours d’interventions des forces de l’ordre.

Le gouvernement a conscience de ces violences, mais il se refuse à les légitimer, d’une part parce que cela le mettrait en cause ; et d’autre part parce qu’il perdrait le soutien des syndicats policiers, à l’heure où il passe de nombreuses réformes impopulaires qui rendent ses forces de police nécessaires au maintien de son pouvoir, et non de l’ordre. En proposant cette loi, il fait donc d’une pierre deux coups : il cache un phénomène mettant en péril la démocratie, et s’attire les bonnes grâces des syndicats policiers.

Rappelons-le, l’article 24 a été dénoncé par de nombreux organismes de défense des droits humains comme liberticide. C’est sans compter sur les conditions dans lesquelles la loi est passée en première lecture : procédure d’urgence raccourcissant les débats parlementaires ; proposition de loi des députés, dont la plume a été guidée par le ministère de l’intérieur et non projet de loi du gouvernement, ce qui empêche la saisine du Conseil d’Etat… Cette loi est ainsi antidémocratique tant dans le fond que dans la forme, ce qui révèle la nécessité de s’opposer sans relâche, non seulement contre l’article 24 qui viendrait porter un coup fatal à la liberté d’expression, mais contre la loi Sécurité Globale dans sa totalité qui vient, en de nombreux aspects, menacer nos droits.