La colère gronde parmi les étudiant·e·s qui, depuis bientôt un an, suivent leur formation à distance sans qu’aucune disposition ne soit prise par Mme Vidal pour garantir leur réussite et lutter contre la crise psychologique massive qui était, malheureusement, à prévoir. Chaque semaine passe avec son lot de témoignages glaçants et de dépêches annonçant la tentative de suicide de plusieurs étudiant·e·s. Quel pays gouvernent donc ces irresponsables ? Le nôtre est celui de celles et ceux qui n’en peuvent plus qu’on les empêche de participer à changer le monde pour des lendemains meilleurs. Le fait que certain·e·s d’entre nous en viennent à mettre fin à leurs jours est un déchirement et une honte, qui devrait appeler nos dirigeant·e·s à la réactivité la plus immédiate.

Or plutôt que de porter attention à la colère et à la détresse des masses, le gouvernement noie notre bonne volonté dans l’absurde. Pendant que nous subissons des conditions d’études impossibles, les multinationales s’en donnent à cœur joie et concentrent toujours plus de profits tout en diffusant la pandémie sans remord. Comment expliquer qu’alors que les amphithéâtres sont fermés, les grands centres commerciaux charrient des centaines de milliers de personnes, chaque jours à travers le pays ? Comment expliquer que la réouverture des lycées se soit faite de manière si désorganisée et avec si peu de moyens humains et budgétaires, quand la plupart des étudiant·e·s restent coincé·e·s dans leur logement exigu ?

Malgré cela, dans notre grande majorité, nous prenons depuis des mois nos responsabilités en respectant le confinement du mieux possible et en continuant de suivre nos cours. Nous poursuivrons nos efforts ces prochains mois, car nous savons que la situation l’exige malgré le point de rupture que nous avons atteint. Nous savons que les universités ne peuvent pas, dans la situation actuelle, rouvrir d’un coup. Le retour des premières années de licences sur les bancs des facs est déjà une bonne nouvelle. Cependant, aucune stratégie concrète de réouverture des universités n’a été annoncée : l’avenir du pays s’organise-t-il au doigt mouillé ?

Nous savons qu’il n’existe pas de miracle qui fasse disparaître la crise dans laquelle nous sommes. Cessons donc de l’ignorer et traitons-la avec sérieux et responsabilité. Nous ne pouvons plus tolérer que des jeunes décrochent ou se suicident faute de perspectives d’avenir dans leurs études. Tant que des étudiant·e·s sont contraint·e·s d’étudier à distance, mettons en place des dispositifs d’accompagnement coordonnés par l’État, les régions, les départements et les municipalités, pour que chaque étudiant·e qui le nécessite puisse bénéficier d’une aide. Mme Vidal parlait de doubler le nombre de psychologues dans les universités, ce qui reste ridicule : remboursons directement et intégralement les soins psychologiques des étudiant·e·s par la Sécurité sociale.

Par ailleurs, les derniers mois nous l’ont rappelé : il est déraisonnable de continuer à exiger des étudiant·e·s qu’elles et ils se débrouillent pour financer leurs études alors que leur charge de travail est déjà immense et qu’il suffit d’une pénurie mondiale pour que nous soyons des centaines de milliers à ne plus avoir de ressources. Si nous souffrons autant de notre situation, c’est bien que le patronat et l’Etat refusent de céder et nous obligent à nous épuiser au travail sans reconnaître le rôle et l’importance de nos études pour nous-mêmes et pour la société. Il faut mettre en place de toute urgence un revenu étudiant au SMIC minimum et financé par les cotisations sociales pour mettre fin à ce non-sens historique.

Bien sûr, dès que la situation le permet, permettons aux étudiant·e·s de reprendre progressivement leurs cours. Cela implique que le plan national de vaccination soit enfin opérant et massif, car les multiples demi-mesures de couvre-feu et de semi-confinement ont prouvé leur inefficacité sur le long terme. A cette condition seulement pourrons nous retourner sereinement en cours et nous consacrer à nos études dans de bonnes conditions. Nous n’attendons que cela, et nous mobiliserons dans les semaines et les mois à venir pour faire entendre nos voix.