Par un étudiant en Master d'Administration publique à Sciences Po Paris


Martin Hirsch, directeur de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris et président de l'Institut de l'Engagement, a remis, le 10 décembre 2020, le rapport final du comité stratégique « Diversité sociale et territoriale dans l'enseignement supérieur ». Si ce rapport a le mérite de poser la question de la démocratisation de l’Enseignement Supérieur et de la cohérence de son déploiement territorial, il témoigne aussi d’un manque d’ambition criant.

Un rapport à la méthodologie contestable et aux conclusions peu ambitieuses

La composition du comité stratégique a de quoi montrer les limites de l'attention de Frédérique Vidal à la représentation des étudiants et à la diversité des points de vue. Côté organisations étudiantes, seule la FAGE est représentée. Sont exclus notamment l'UNEF, Solidaires ou encore la FSE qui travaillent sérieusement sur les questions d’accès à l’Enseignement Supérieure et à la Recherche. De même, très peu de chercheurs·euses composent ce comité essentiellement piloté par des hauts-fonctionnaires et même des personnalités surprenantes comme la présidente de Fondation TF1 ou le président de Mozaïk RH, un cabinet de conseil.

Les constats posés par ce rapport sont connus. 73% des enfants dont les parents sont diplômés de l’enseignement supérieur auront un diplôme de l’enseignement supérieur contre seulement 17% des enfants de parents non diplômés. Néanmoins, ce rapport s’intéresse peu à la division sociale et genrée des filières. Quant aux conclusions, elles sont peu sérieuses. Les recommandations ne répondent en rien aux aspirations des étudiant·e·s à se former librement et sereinement : “réformette” du système de bourses, promotion du mentorat ou encore la généralisation des prêts “contingents” à taux zéro.

Pour une analyse marxiste de l’accès aux études supérieures

La massification de l’université cache une division sociale des études. Premièrement, les enfants modestes sont quasiment exclu·e·s des grandes écoles et pour ce qui est de l’université, des filières concentrent des enfants de cadres (droit, plurisciences, médecine) et d’autres les enfants d'ouvrier·e·s et d'employé·e·s (Staps, pluridroit, langues). En outre, la division genrée des études, issue du système patriarcal, a des conséquences désastreuses, avec des pans entiers de la société, comme la santé, dont les qualifications et les compétences ne sont pas reconnues.

La sélection sociale se fait par l’orientation progressive des étudiant·e·s. Le master est souvent un point de rupture. Pour la bourgeoisie, il est impensable d’outiller celles et ceux qui aspirent à la renverser, de par leurs intérêts objectifs, et de favoriser la maîtrise de leur travail. Les étudiant·e. s communistes ne luttent pas pour « l' égalité des chances » ou la promotion sociale d’une poignée d’enfants issus de la classe ouvrière vers des « places » plus élevées, mais  pour le dépassement du capitalisme. Plus que de diversifier l’université ou les grandes écoles, il faut rompre avec les rapports de production capitaliste et la division du travail qui empêchent la formation du plus grand nombre pour le progrès scientifique et humain. Pour commencer vers ce chemin, il faut donc donner les moyens de l’accès et de la réussite de tou·te·s les jeunes à l’enseignement supérieur.

Rompre avec l’isolement à la française des campus

La question territoriale, abordée dans le rapport, doit être sérieusement débattue, en s’appuyant notamment sur les réflexions des nombreux·euses étudiant·e·s dans les filières d’urbanisme et d’aménagement du territoire. L’aménagement du territoire est au cœur des enjeux de pouvoirs. Friedrich Engels écrivait déjà dans Volkstaat de Leipzig, en 1872 « qu’en réalité, la bourgeoisie n’a qu’une méthode pour résoudre la question du logement à sa manière ce qui veut dire : la résoudre de telle façon que la solution engendre toujours à nouveau la question ». Les difficultés pour accéder à un logement CROUS quand on vit loin de chez ses parents en sont un exemple frappant, tout comme l’isolement des campus loin des centres urbains ou des lieux d’activité industrielle.

Philippe Askenazy et Philippe Martin, recommandaient dans une note pour le Conseil d’analyse économique, une « politique territoriale visant à maximiser la dynamique de croissance d’un pays (...) à faciliter la concentration des activités dans les métropoles (...) [afin de] concurrencer les métropoles mondiales », l’agglomération étant « plus efficace, plus productive et génératrice d’innovation et de croissance ».  Ces théories libérales, ou leurs revers misérabilistes que sont celles des théories de la France Périphérique, doivent être balayées. Matériellement, instaurer un cadrage national des diplômes permettrait de mettre fin à la concurrence entre universités et grandes écoles. Le développement de nouvelles filières et UFR éviteraient que les délocalisations d’antennes universitaires offrent peu de choix aux étudiant·e·s des petites et moyennes villes. Enfin, une politique de développement et de gratuité des transports, ainsi que de construction et rénovation de logements étudiants, ouvriraient la possibilité d’une mobilité réelle des jeunes de notre pays.