Par Lamia Batata, étudiante en Master SHS Mondes Méditerranéens en Mouvements à Paris 8


Millennial·le·s occidentaux·ales, né·e·s avec la technologie et le monde moderne, un environnement direct sans guerres ni famines, nous n’avons besoin que d’un claquement de doigts pour obtenir ce que l’on veut. Qui irait plaindre ces pauvres gosses qui ont tout ?

Ma génération a le spleen. Né·e·s entre 1980 et 2000, nous avons connu la fin de la guerre froide, la restauration d’une paix durable en occident, l’avènement des NTIC, du minitel au web, nos possibilités sont infinies où que nous allions. Pour les générations précédentes, pour les personnes dont les déplacements sont rendus impossibles par des législations xénophobes, c’est une révolution. Pour nous, c’est le strict minimum.

L’être humain est devenu un simple objet, la déshumanisation est telle que l’individu devient monnaie, ou un simple bout de chair, un like posé sur des pixels qui nous définissent désormais. Tinder INC fait de l’argent sur nos relations sentimentales et sexuelles, mais on ne saurait plus fonctionner autrement. Après avoir maté une vidéo sur YouPorn, il nous suffit de dégainer notre smartphone pour trouver de quoi nous soulager pour la nuit. Facebook, Twitter, Tinder, interconnexion perpétuelle et pourtant solitude incommensurable.

Nous sommes né·e·s dans un monde schizophrène, dans lequel on nous met un téléphone dans les mains mais on nous blâme de l’utiliser, dans lequel on nous pousse sans cesse à ajouter des cordes à notre arc tout en nous reprochant de vouloir trop en faire ; un monde où progrès côtoie régression, où tout devient dichotomie. Ma génération est née avec le réchauffement climatique, dans des démocraties malades, subit la montée des extrêmes. Finalement la xénophobie devient une opinion politique.

Nous sommes né·e·s dans un monde en paix où la guerre est omniprésente, d’un point de vue matériel dans certaines régions, et d’un point de vue symbolique dans la plupart. Depuis petit·e·s, on nous gave de contenu, perpétuellement : dans le métro, à la télé, sur internet, dans les journaux, dans la rue.

La génération Y vit dans une prison dorée, nous sommes coincé·e·s dans nos propres privilèges. Nos moindres faits et gestes sont traqués, étudiés, glamourisés puis nous sont revendus. L’ère d’instagram a atomisé notre perception du monde, les normes véhiculées par les agences de pub et les industries à travers les influenceurs·euses. et autres blogueurs·euses ont tellement été intériorisées qu’elles ont même changé notre définition de l’être humain dit « moyen ». Dichotomie entre notre liberté immense obtenue par les progrès technologiques et techniques, et une oppression constante des mêmes objets.

Un·e millennial·le doit manier plusieurs langues à la perfection, être doté·e d’un sens artistique, être cultivé·e, choisir une voie lucrative, être sportif.ve, belleau, riche, blanc·he, homme, cisgenre, hétérosexuel·le, avoir voyagé sur les 5 continents 12 fois avant ses 10 ans et réciter du Goethe dans son sommeil si ielle veut réussir dans la vie. Et réussir, qu’est ce que ça veut dire ? Je vous renvoie au fantasme de la Rolex.

Du haut de nos 30 ans à peine, on doit tous et toutes être parvenu·e·s à réaliser ce qu’une infime partie de la population obtenait au bout de 30 ans de carrière pour être considéré·e·s comme des êtres humains légitimes.

La génération (wh)y cherche un sens à son existence. Nous sommes la nouvelle génération, pourtant nous nous laissons dicter nos conduites par un système archaïque. Ne serait-il pas temps de casser les codes ? Il ne tient peut être qu’à nous de redéfinir nos besoins et envies, et de ne plus subir nos libertés. Génération Y, je suis aussi perdue que toi. Nous n’aurons probablement pas de boulot, pas de retraites, faire des enfants serait irresponsable au vu de l’état de notre planète, nous ne trouverons pas l’amour sur tinder. Mais nous avons des outils à notre disposition, ne serait-il pas temps de nous ré-approprier notre monde ? Finalement, nous ouvrons la voie aux générations futures, mais en Y.