Par Naïm Sakhi, ancien dirigeant national de l'UEC


La mort de Diego Armando Maradona a provoqué une onde de choc planétaire. L’enfant des bidonvilles de Buenos Aires s’est éteint à seulement 60 ans chez lui en Argentine, ce pays où il était érigé en dieu vivant. L’émotion populaire à travers le monde est réelle. Avec son départ c’est une partie du siècle dernier qui s’en va.

Maradona, la rage de classe comme moteur.

Né en 1960, Maradona a grandi dans le quartier populaire de Villa Fiorito. Hasard de la vie, il commence sa carrière à seulement 16 ans alors que le pays plonge en pleine dictature du général Jorge Rafael Videla. Il sera d’ailleurs trop jeune pour disputer la coupe du monde 1978, organisée dans son pays, où les soupçons de tricherie persistent encore aujourd’hui.

Maradona n’a jamais oublié d’où il vient. En visite en Bolivie en 2004 il déclarait « J'ai grandi dans une résidence privée... Privée d'eau, d'électricité et de téléphone ». Avec le recul, on ne peut que comprendre pourquoi Maradona est tombé dans tous les excès une fois au sommet. Sexe, drogue and rock’n’roll était une règle de vie dès son arrivée à Barcelone en 1982. Mais c’est à Naples, que Maradona devient le Pibe de Oro avec toutes ses dérives. Dans cette ville populaire du sud italien, Maradona est une icône qui dépasse le sport. Tout lui était permis car sur le terrain, avec lui tout était permis. Naples ce club qui n’avait rien gagné avant et qui n’a rien gagné depuis.

Maradona, l’âme du révolutionnaire.

Sa vie fût politique et le légendaire match Argentine Angleterre de 1986 en est l’illustration. Pour l’Argentine la coupe du monde 1986 au Mexique se déroule dans un contexte particulier. Malgré la chute de la dictature, l’Argentine sort de l’humiliante Guerre des Malouines face à l’Angleterre de Thatcher. Contre l’Angleterre de Gary Lineker, en quart de finale, Diego a marqué l’histoire. 2 fois.

Une première avec un but marqué de la main. La main de dieu dira-t-il après le match. Une deuxième fois en marquant le but du siècle : 60m balle au pied, 12 touches de balle, 5 joueurs éliminés, 10 secondes de pur génie. En 1980, lors d’un match amical face à la même équipe anglaise à Londres, Maradona avait réalisé la même action mais avait buté face au gardien. Ce 22 juin 1986, Diego dribla le gardien par une feinte de frappe pour entrer définitivement dans la légende, en mondovision.

« Fidel me téléphonait et à 2 heures du matin, on prenait un mojito pour parler politique ou de sport ». Diego était proche de tous les dirigeants marxistes d’Amérique Latine. Fidel était « un second père », il disait être « amoureux » d'Hugo Chavez et « soldat » de Nicolas Maduro. Dans la dernière année de sa vie, il fût bien seul à soutenir le peuple bolivien et son président victime d’un coup d’État Evo Morales. Cette solidarité avec les classes populaires en lutte lui vaut aujourd’hui une haine de la bourgeoisie, bien embêtée dans l’hommage à lui rendre. De Quotidien de Yann Barthès à l’Élysée nombreux ont été les serviteurs du capital à lui reprocher ses convictions politiques. Dernièrement, il a dénoncé la politique de l’ex-président argentin de droite Macri, pourtant ancien président du club de Bocca Junior… club où il a joué entre 1981-1982 et 1995-1997.

Enfin épisode peu connu, Diego Maradona était un syndicaliste. Il a fondé avec le journaliste Didier Roustan le premier syndicat des joueurs de foot en 1995.

Au-dessus de tous les autres dans le panthéon du foot.

Le Brésil a eu Pelé, la France Platini et Zidane, les Pays-bas Cruijff, les Allemands Beckenbauer et Gerd Müller, les Espagnols Xavi et Iniesta… Le monde a eu Maradona.

Maradona n’était pas seulement dieu dans son pays, où il a fait gagner à lui seul la coupe du monde 1986. Il n’était pas seulement Roi d’un club, Naples, comme Gerrard à Liverpool, Totti à Rome, Juninho à Lyon. On peut d’ailleurs rapprocher ces deux derniers par leurs convictions politiques. Maradona était bien plus encore, car Maradona était tout autant sportif que politique et social.

Quel sportif dans le monde peut se prévaloir d’être à la fois roi dans son sport et idole politique ? Mohammed Ali sans doute. Mais se poser la question c’est déjà prendre conscience du phénomène Maradona.

Nombreux sont les politiques qui étaient des figures tutélaires pour les classes populaires de l’ensemble des pays au XXème siècle : Lénine, Castro, Mandela, Martin Luther King, Yasser Arafat. Assurément, de part ce que Maradona était, il siège, dans la postérité, à la table de ces grands hommes.

Comment se fait-il que les générations qui ne l’ont pas connu semblent tout autant attristées que leurs parents ? Tout simplement parce que tout ce qui touchait Diego était irrationnel.

Depuis hier, le monde pleure, le peuple argentin est en deuil, le peuple napolitain chante à la gloire de Diego (le stade de la ville sera renommé stade San Paolo-Maradona). Diego est mort un 25 novembre … comme son ami de toujours Fidel Castro. Même sa mort fût politique.