Par une étudiante en Master d'Histoire à Paris 1


Dimanche a eu lieu le second tour des élections régionales et départementales avec un taux d’abstention record. Plusieurs enseignements sont à tirer.

Le Rassemblement National n’a pas obtenu les résultats attendus, et nous pouvons nous en réjouir. L’unique région où le parti d’extrême droite était en tête au premier tour, la région Provence Alpes Côte-d’Azur, a finalement élu Renaud Muselier, candidat d’une union LR-LREM, à sa tête. Néanmoins, gardons en tête que l’électorat d’extrême-droite se mobilise moins lors de telles échéances. De plus, l'établissement de "front républicain" à travers la France, se sont fait à l'exclusivité en faveur de victoires de la droite traditionnelle. Celle-ci et la majorité présidentielle n’ont eu de cesse d’alimenter les idées réactionnaires et le projet réactionnaire. Pire, les idées d’extrême-droite ont guidé la campagne, mobilisant autour de sujets comme la sécurité et l’ordre, alors même qu’il ne s’agit pas de compétences régionales.

À gauche, les listes d’union ont rassemblé. Mais la perte de vitesse de notre camp, qui n’est pas en mesure de triompher sans une alliance très large, et l’abstention record doivent nous interroger. Il s'agit particulièrement de la jeunesse, qui n’a été que 13% à se présenter aux urnes. Mais alors, pourquoi les jeunes se sont largement abstenus ? Alors que le président de la République Emmanuel Macron voit dans l’abstention un désintérêt généralisé et que Stanislas Guérini, chef du parti de la majorité, propose le vote en ligne comme solution magique. Une telle initiative n’est pas à exclure d’un point de vue pratique mais, en ce qui concerne la lutte contre l’abstention, elle s’apparente à mettre un pansement sur une jambe de bois. Si les deux tiers des français.e.s inscrit.e.s sur les listes électorales ne se sont pas présentés aux urnes, il semble évident que le soucis dépasse la simple fainéantise de sortir de chez soi un dimanche pluvieux.

On peut trouver derrière l’abstention bien d’autres raisons. D’abord, le manque d’information sur les compétences régionales et départementales. Entre l’extrême-droite qui a mené campagne sur des questions qui ne sont pas du ressort des collectivités, comme la sécurité et l’ordre, et la majorité présidentielle qui a nationalisé le débat notamment en glissant des ministres dans ses listes, d’aucun n’a joué un rôle d’information sur les compétences claires des régions et des départements. Ensuite, la défiance vis-à-vis des politicien.ne.s est un discours de plus en plus légitimé, notamment dans la jeunesse. Selon les enquêtes, entre 18 et 23% des jeunes seulement placeraient leur confiance dans la politique. Pourtant, cela ne signifie pas forcément un manque d’intérêt pour la vie publique, en témoigne le nombre d’associations prônant différentes formes d’engagements qui ne cesse de croître, y compris en période de crise sanitaire. Le désintérêt des questions liées à la jeunesse notamment depuis la crise du Covid a probablement aggravé cette crise de défiance : nos besoins ont été largement ignorés par une grande partie du spectre politique, alors que les étudiants continuent d’affluer dans les associations d’aides alimentaires, que le chômage des jeunes diplômés atteint les 20% et avoisine les 47% pour les jeunes sans diplôme ou encore qu’obtenir un stage demeure un parcours du combattant. La crise politique est bien réelle, et trouve son origine dans la crise sociale qui agite le pays. D’autant que l’arrivée des listes La République en marche dernière du scrutin dans chaque région et ce malgré la présence de 9 ministres et une nationalisation du débat lors de la campagne par le gouvernement montre que la plupart des français.e.s continuent de s’opposer à la politique de la majorité présidentielle.

Le mur face auquel les forces progressistes se trouvent est la difficulté à faire émerger une alternative : alors que les aspirations sont au progrès social, à des régions et des départements ouverts où les transports sont accessibles et des politiques écologiques sont menées, la gauche a eu du mal à convaincre. Face à la défiance des électeurs et électrices, à l’aune des présidentielles, une remise en question politique du camp du progrès social semble primordiale, car si l’union paraît une condition essentielle à la victoire pour 2022, elle ne sera certainement pas suffisante, comme l’a montré la liste menée par le candidat écologiste Julien Bayou en Île-de-France soutenu par toute la gauche et qui n’a remporté que 34% des suffrages.

C’est d’autant plus important que la situation est pressante : nous le voyons chaque jour, les idées réactionnaires grignotent du terrain. En Île-de-France, Valérie Pécresse conserve la région après une campagne de diffamation sur la liste d’union de la gauche menée par Julien Bayou. L’idée qu’un front républicain devrait exister contre tous les « extrêmes », mettant dans un même panier l’extrême droite fasciste et le camp du progrès social doit nous alerter gravement, à l’heure où les réactionnaires dictent l’agenda politique du pays. La perte du département du Val-de-Marne, dernier bastion communiste désormais aux mains de la droite constitue un signal d’alerte : les engagements de Christian Favier, ex-président du département, et des communistes, en faveur de l’égalité femmes-hommes, de l’écologie en faisant du Val-de-Marne le premier département sans glyphosate, de l’égalité et la justice sociale ne tarderont pas à être piétinées. Dans ce contexte, aucun effort ne doit être mis de côté. À nous de convaincre, sur le terrain dans nos promotions et dans nos lieux de vie, de la nécessité de reprendre le dessus sur les politiques locales et nationales, en luttant contre les idées d’extrême droite qui paralysent le pays et en œuvrant pour la solidarité.