A l’orée du 50ème anniversaire du rapport du Club de Rome publié en 1972, la publication du 6ème Rapport d’évaluation sur le changement climatique du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) (1)  tente une énième fois de rappeler les dirigeant.es mondiaux à l’ordre, appelant à un ultime coup de frein de la machine mondiale avant le crash écologique. La planète suffoque en cet été 2021, déjà consacré mois de juillet le plus chaud jamais enregistré, en 142 ans de relevés de températures.  Des températures dangereusement proches des 50°C ont pu être enregistrées dans des régions différentes ; la limite du réchauffement à +1,5°C, fixée lors de la dernière COP21 actée en 2015, sera dépassée bien plus tôt qu’il n’était prévu initialement, d’ici 2030 soit près de 10 ans en avance ; les catastrophes naturelles se multiplient et gagnent en intensité, etc… La cause anthropique du réchauffement climatique est désormais une certitude scientifique, n’en déplaise aux climato-sceptiques.

https://www.lemonde.fr/blog/huet/2021/08/09/le-rapport-du-giec-en-18-graphiques/

Ces données devraient alerter nos gouvernements qui semblent prendre trop à la légère la prochaine crise mondialisée et inéluctable qui s’annonce et sur laquelle les scientifiques alertent depuis maintenant à minima un demi-siècle.

Ce 6ème rapport dresse donc un bilan de notre système-terre et anticipe les changements futurs. Pour cela, le GIEC nous met sur la voie au travers de son rapport dans lequel s’articulent différents scénario envisageables quant aux évolutions possibles du climat dans les décennies à venir. Certaines conclusions et points de bascules se dessinent alors clairement : l’augmentation de la température moyenne de la planète, la concentration inégalée de CO2/méthane dans l’atmosphère (qui en est la cause anthropique directe) et une augmentation des évènements climatiques extrêmes (qui est en la conséquence anthropique directe).

https://www.lemonde.fr/blog/huet/2021/08/09/le-rapport-du-giec-en-18-graphiques/
  • Augmentation de la température moyenne de la planète

« C'est officiel : juillet a été le mois le plus chaud jamais enregistré », indique le communiqué de presse de la National Oceanic and Atmospheric Administration, le vendredi 13 août 2021. Le 29 juin 2021, le village de Lytton au Canada a enregistré une température record de 49,6°C. Les températures moyennes mondiales ont été 0,33° plus élevées que la moyenne. La Turquie a enregistré 49,1 °C le 20 juillet 2021, là aussi une température record. La Sibérie a connu plusieurs jours à 39 °C. L'Australie a enregistré son quatrième mois de juillet le plus chaud, avec une moyenne mensuelle 1,77 °C au-dessus de la moyenne 1961-1990, selon le Bureau australien de météorologie.

Dans son rapport, le GIEC confirme l’accélération exponentielle des températures mondiales. Depuis les débuts de l’ère industrielle, la température moyenne a augmenté de +1,1°C. Le seuil de +1,5°C, fixé par la COP21 en 2015, devrait être atteint bien plus tôt que les prévisions précédentes déterminées par le GIEC. Dans le meilleur scénario, un tel seuil pourrait être atteint en 2030, 10 ans plus tôt que précédemment estimé. Quand bien même ils seraient respectés, les engagements de l’accord de Paris sur le climat, mènent de toute façon à une augmentation de la température mondiale globale de +3°C. Atteindre et dépasser un tel seuil n’est évidemment pas sans conséquences. Selon Hans Otto Pörtner, « passer 1,5°C accroît le risque de changements profonds, voir irréversibles, comme la perte de certains écosystème ».

Pour le GIEC, la preuve de l’influence humaine sur les changements climatiques est évidente et de plus en plus établie. Ce terme d’influence humaine renvoie aux activités humaines ayant un effet direct ou indirect sur le climat, notamment les émissions de gaz à effet de serre qui détériorent l’atmosphère. D’autres activités humaines comme les forceurs climatiques à courte durée de vie (émissions des aérosols, ozone, méthane…) et de façon plus globale l’urbanisation et l’exploitation des écosystèmes, influent sur le climat. « Les changements de la teneur de l’atmosphère en gaz à effet de serre et en aérosols, du rayonnement solaire et des propriétés de la surface des terres altèrent le bilan énergétique du système climatique. » (2)

« L'Homme est devenu une force telle qu'il modifie la planète », a déclaré Catherine Jeandel, directrice de recherche au Laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiales au CNRS (3). Ce phénomène est celui de l’anthropocène. Ce terme désigne « une nouvelle époque géologique, où l'humanité en tant qu'espèce serait devenue la principale force géologique. Marquée par de telles modifications environnementales, l'anthropocène souligne un point de non-retour : perte drastique de biodiversité, dérèglement climatique, pollution (atmosphérique, pédologique et aquatique) » (4). Nos actions humaines ont donc conduit à un changement d’époque géologique. L’être humain a laissé sur la planète et son écosystème une empreinte profonde et irréversible.

  • Concentration inégalée de CO2/méthane dans l’atmosphère

Ce nouveau rapport est sans appel. Les changements climatiques sont directement causés par les émissions de gaz à effet de serre. Ces émissions sont dues en majorité à l’utilisation d’énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz).

https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2018/05/ar4-wg1-spm-fr.pdf

Depuis 1990, la production annuelle de CO2 a augmenté de 63%. Par ailleurs, l’année 2019 marque la plus haute consommation mondiale de CO2, entre 2011 et 2019.

Le rapport établit que l’indice de concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère a atteint le taux de 410 PPM (particules par millions [de molécules dans l’atmosphère]).

Le climatologue Hervé Le Treut relève ce lien certain entre la concentration de CO2 dans l’atmosphère et les changements climatiques. Pour lui, ce qui rend irréversible le réchauffement climatique, « est l’accumulation et le stockage du CO2 dans l’atmosphère car ce dernier conserve son pouvoir de réchauffement une centaine d’années. Donc, quand on rejette du CO2 dans l’atmosphère, il agit pour une période assez longue. Actuellement, il n’existe pas de solution pour retirer le CO2 déjà émis dans l’atmosphère ». (5) Les taux de concentration de CO2 dans l’atmosphère représentent donc une question fondamentale quant à la lutte écologique. Agir sur les émissions de CO2 est une nécessité afin de limiter les températures mondiales. Les accords de Paris prévoyaient déjà une réduction des émissions de gaz à effet de serre, d’au moins 40 % d’ici à 2030 par rapport à 1990. En décembre 2020, l’Union européenne a révisé cet objectif à au moins 55% de réduction des émissions.

Le rapport du GIEC permet aussi de mettre en cause l’action d’autres gaz que le CO2, comme le méthane, et leurs conséquences sur le réchauffement du système terre-atmosphère. Fred Krupp, président de l’ONG Environmental Defense Fund, remarque que « pour la première fois, le GIEC souligne l’importance des polluants à courte durée de vie et très puissants comme le méthane, qui est à lui seul responsable d’au moins 25 % du réchauffement que nous connaissons actuellement. Le rapport met fin à tout débat sur la nécessité urgente de réduire la pollution par le méthane… » (6) . Le méthane est un gaz à effet de serre au pouvoir de réchauffement 28 fois supérieur à celui du CO2 : sur une période de 20 ans, le pouvoir de réchauffement d’une tonne de méthane est 84% plus élevé que celui d’une tonne de CO2. Il est donc plus puissant, mais d’une longévité moindre. Le méthane peut rester 9 ans dans l’atmosphère, soit 10 fois moins longtemps que le CO2. Pour Hervé Le Treut, « jusqu’à présent, on n’accordait pas beaucoup d’importance aux gaz à durée de vie courte comme le méthane. Or, agir sur ces derniers représente une occasion de réduire les gaz à effet de serre le plus rapidement possible. Mais cela ne suffira pas, ils sont un levier parmi d’autres dans la réduction des émissions. » (7).  Depuis 1750, la concentration de méthane dans l’atmosphère a augmenté de 156%, un taux inégalé depuis 800 000 ans. 60% des émissions de méthane sont imputées à l’agriculture, dont 1/3 à l’exploitation et aux transports des énergies fossiles. Ce rapport permet donc de mettre en lumière les effets conséquents du méthane et des gaz à durée de vie courte, sur lesquels il est possible d’agir rapidement.

  • Scénarii d’évolution du climat

Les scientifiques du GIEC ont modélisé cinq nouveaux modèles d’évolution du climat en fonction des émissions de gaz à effet de serre. Ces projections permettent d’appréhender les changements climatiques à venir, de façon plus ou moins optimiste. Il est alors possible de formuler des hypothèses climatiques à court terme (2021/2040), moyen (2041/2060) et long terme (jusqu’à 2100).

Le rapport distingue donc cinq scénarios, légendés dans le schéma ci-dessous : SSP1-1.9 ; SSP1-2.6 ; SSP2-4.5 ; SSP3-7.0 et SSP5-8.5.

Dans les deux premiers scénarii, les émissions futures de CO2 et de gaz à effet de serre atteignent un taux de zéro d’ici à 2050. Le troisième scénario correspond à un niveau intermédiaire d’émissions, avec des taux correspondant aux niveaux actuels. Dans les deux derniers scénarios, le taux d’émissions va jusqu’à doubler avant le milieu du siècle, pour atteindre des niveaux extrêmement élevés.

https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg1/downloads/report/IPCC_AR6_WGI_SPM.pdf

Les conséquences de ces émissions de gaz à effet de serre toujours plus élevées sont désastreuses en termes de températures mondiales. Selon le premier scénario, entre 2081 et 2100, l’augmentation de la température moyenne de la Terre s’élèverait entre 1 et 1,8 °C. Dans le troisième scénario, il s’agirait d’entre 2,1 °C et 3,5 °C tandis que dans le dernier l’augmentation atteindrait entre 3,3°C et 5,7°C.

Bien entendu ces valeurs s’entendent à l’échelle mondiale : ce qui signifie alors que l’augmentation des températures ne sera pas uniforme sur tout le globe. Certaines régions, comme la Sibérie ou le grand nord Canadien pourraient devenir de nouvelles terres habitables et douces en hiver tandis que le bassin méditerranéen suffoquant sera rendu inhabitable pour l’homme.

Cette élévation de la température mondiale ne cause toutefois pas uniquement de torts directs à l’espèce humaine mais engendre également des conséquences indirectes. Qui dit terres arides, dit absence de production agricole, dans un monde à la démographie toujours en augmentation et bientôt à cours de pétrole. Ces risques, qui ne peuvent plus être empêchés désormais, doivent tout du moins être anticipés à présent.

  • Élévation du niveau de la mer

Le rapport du GIEC alarme aussi sur l’état des océans et des glaces, largement impactés par les changements climatiques. Les événements récents ne font que le confirmer. Plusieurs phénomènes sont soulevés par le rapport : la température et la circulation des océans ; leur acidification ; le niveau des glaces et calottes glaciaires ; le niveau de la mer ; le permafrost… Le GIEC met en avant les relations entre les océans et la cryosphère, qui échangent chaleur et eau avec l’atmosphère et entre eux-mêmes. Le terme de « cryosphère » désigne les régions gelées de la planète, telles que les banquises, les calottes glaciaires, les icebergs et plateformes de glace…

Avec un climat allant en se réchauffant, les effets combinés du réchauffement de la surface des océans et de la fonte de la cryosphère conduisent à une élévation du niveau des mers.

En ce qui concerne le réchauffement des océans, le GIEC rapporte qu’à la surface, la température a augmenté en moyenne de 0,88°C. Cette température ne devrait qu’augmenter, de 0,86°C dans le deuxième scénario et de 2,89°C dans le cinquième. Au moins 83% de la surface des océans devrait se réchauffer au cours du XXIème siècle, dans tous les scénarii.

Pour ce qui est de l’élévation du niveau des mers, le rapport détaille qu’entre 1900 et 2008, la hausse globale du niveau des mers a été de 20cm, ce qui représente une hausse inégalée depuis plus de 3000 ans. Elle pourrait encore atteindre environ 50 cm d’ici 2100. D’ici 2100, le pire scénario prévoit une élévation du niveau des mers d’un mètre.

La fonte de la cryosphère connait donc la même augmentation catastrophique. Selon Géo, la calotte glaciaire du Groenland a fondu six fois plus vite entre 2010 et 2019 que durant la décennie précédente. Cet été, la région a connu un épisode de fonte « massif », et aurait perdu 8,5 milliards de tonnes de glace le 27 juillet 2021 puis 8,4 milliards le 29 juillet.(8)
Selon le climatologue Xavier Fettweis, ces anomalies de température ont atteint +13°C, entrainant une fonte de 22 milliards de tonnes par jour. (9)

Les océans et mers de la planète sont aussi profondément impactés par la pollution. On peut noter par exemple le phénomène du « plastiglomérat », agrégation de déchets plastiques, mélangée à des sédiments marins et de la lave basaltique. Cette roche non naturelle « est le résultat des activités humaines, modifiant irrémédiablement l’écosystème marin et l’équilibre environnemental de cette région. » (9)

  • Augmentation des évènements climatiques extrêmes

Plus les températures mondiales augmentent, plus le risque d’événements climatiques extrêmes s’accroit. Cette augmentation globale entraine un dérèglement général du système terre-atmosphère, et précipite l’apparition de « points de bascule » tels que la disparition de la forêt amazonienne, celle de la calotte glaciaire antarctique, vagues de chaleur, acidification des océans… Selon le GIEC, dans le pire des scénarios, les inondations seraient 14 fois plus fréquentes en 2100.  « Pour la première fois, le GIEC souligne également « ne pas pouvoir exclure » la survenue des « points de bascule », comme la fonte de la calotte glaciaire de l’Antarctique ou la mort des forêts, qui entraîneraient le système climatique vers un changement dramatique et irrémédiable. » (10)

Néanmoins, la loi Climat et résilience, votée le 20 juillet 2021, fixe une trajectoire de réduction des émissions des gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2030, ce qui est déjà bien en deçà des exigences de l’accord de Paris, qui aurait exigé une baisse de 65%. Par ailleurs, la loi ne prévoit aucune mesure obligatoire pour les grandes entreprises, pourtant largement responsables de leur part d’émissions. Pour le président de Greenpeace France Jean-François Julliard, « cette loi climat restera un révélateur du climato-cynisme du gouvernement et d’Emmanuel Macron qui aura marqué le quinquennat. Les annonces en grand pompe et les promesses aux citoyens et citoyennes de la Convention pour le climat auront été suivies de renoncements successifs et de petits arrangements avec les lobbys ». (11)

Du 1er au 12 novembre 2021 se tiendra la COP26, organisée par les Nations Unies à Glasgow. Elle réunira les pays signataires de la Convention cadre sur les changements climatiques, et il ne nous reste plus qu’à attendre que les dirigieant.es mondiaux prennent acte des conclusions de ce sixième Rapport.


(1) Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), créé en 1988 par les Nations Unies, est chargé d’évaluer l’évolution climatiques et les travaux scientifiques y afférant, et d’établir des évaluations Depuis sa création, le GIEC a rendu cinq rapports d’évaluation et plusieurs rapports spéciaux. Ce sixième Rapport d’évaluation, publié le 9 août 2021, analyse les connaissances scientifiques les plus récentes concernant le changement climatique.

(2) https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2018/05/ar4-wg1-spm-fr.pdf

(3) https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/climatologie-anthropocene-16008/

(4) https://www.sciencesetavenir.fr/fondamental/geologie/question-de-la-semaine-c-est-quoi-l-anthropocene_153518

(5) https://www.goodplanet.info/2021/08/16/le-climatologue-herve-le-treut-sur-le-6e-rapport-du-giec-sur-le-climat-limportant-est-dagir-maintenant-au-plus-vite-en-faisant-les-bon-choix/

(6) https://www.goodplanet.info/2021/08/16/reduction-des-gaz-a-effet-de-serre-noublions-pas-les-gaz-a-effet-de-serre-a-duree-de-vie-courte-dont-le-methane/?cn-reloaded=1

(7) https://www.goodplanet.info/2021/08/16/le-climatologue-herve-le-treut-sur-le-6e-rapport-du-giec-sur-le-climat-limportant-est-dagir-maintenant-au-plus-vite-en-faisant-les-bon-choix/

(8) https://www.geo.fr/environnement/a-cause-de-la-chaleur-le-groenland-perd-huit-milliards-de-tonnes-de-glace-par-jour-205762

(9) https://www.geo.fr/environnement/geologie-quest-ce-que-lanthropocene-193622

(10) https://www.goodplanet.info/2021/08/09/le-rechauffement-saccelere-alerte-rouge-pour-lhumanite/?cn-reloaded=1

(11) https://www.greenpeace.fr/loi-climat-loi-blabla/