Par une étudiante en Master d'Histoire à Paris 1


La crise du Covid-19 a mis en lumière la précarité de la double journée effectuée par les étudiant·e·s. Après de longs mois d’absence, la ministre de l’enseignement supérieur Frédérique Vidal a annoncé des mesures qui sont au mieux un manque de réalisme, au pire une honteuse démagogie.

La crise du Covid a particulièrement touché les étudiant·e·s. Il s’agit d’un souci économique d’abord : en perdant nos petits boulots alimentaires, nombre d’entre nous se retrouvent, depuis un an, dans une situation de grande précarité. Nous connaissons également des difficultés d’ordre psychologiques : en plus de la solitude et de la précarité, les cours en distanciel favorisent la perte de reconnaissance de notre travail. Alors que nos études n’étaient déjà pas considérées comme tel, c’est encore pire depuis nous ne sommes plus acteurs de notre parcours universitaire et que nous devons assister à nos cours devant un ordinateur. En effet, l’université en présentiel, ce n’est pas seulement assister à un cours. C’est progresser grâce aux échanges avec nos professeurs et camarades en TD ou en amphithéâtre, c’est participer à l’émulation intellectuelle propre à l’université, c’est aussi se créer un réseau et avoir des relations sociales diverses. Pour la recherche, c’est s’inspirer des travaux de nos camarades et en inspirer d’autres en retour. En rendant l’intégralité des cours en distanciel, alors même que le reste du pays continue de vivre, une grande partie du travail intellectuel fourni est pénalisé.

Un écran de fumée

Ce manque de reconnaissance, associé à la précarité économique que nous connaissons, a aggravé les difficultés psychologiques de nombre d’entre nous. La ministre, après des mois de silence a réagi : la généralisation du repas à 1€, le « chèque psy », le retour à la fac une fois par semaine et les 500 euros pour les diplômés sans ressources ont alors été annoncés. Force est de constater que ces mesures sont largement insuffisantes. Pire, elles viennent palier les attaques faites à l’enseignement supérieur depuis plusieurs années : le « chèque psy » par exemple ne couvre que trois séances de psychologie par étudiant alors que les psychologues des SIUMPSS sont en sous-effectifs, et les 500 euros viennent en réalité cacher la suppression, en 2019, du versement de la bourse jusqu’à 6 mois après l’obtention du diplôme pour les jeunes diplômés sans emploi.

Reconnaître le travail fourni

Mais au-delà de leur insuffisance, ces mesures sont politiquement inacceptables : elles s’appuient en effet sur une logique de charité, laissant penser que les étudiants ne fournissent pas de travail, alors même que le cœur de notre activité, lui, s’est amplifié. Nous fournissons d’autant plus d’efforts en travaillant toute la journée devant nos écrans depuis un an, et en continuant à suivre des cours sans l’aspect émulatif des échanges en classe.  Et pourtant, cette activité, le cœur de nos vies, n’est toujours pas reconnue. La solution semble pourtant de plus en plus évidente. Il s’agit d’arrêter les pansements sur des jambes de bois, et investir correctement dans l’avenir du pays : commençons par reconnaître la valeur de nos études, avec la mise en place d’un revenu étudiant. À hauteur du SMIC, il mettra fin à la double-journée de travail, à la précarité étudiante et à celle des jeunes diplômés sans emploi, qui toucheraient alors le chômage. Enfin, il serait un investissement conséquent pour la santé mentale de nombre d’entre nous. Ce revenu ne serait pas une aide, mais bien une reconnaissance réelle du travail que nous fournissons, pendant plusieurs années, pour nous former et devenir des travailleuses et travailleurs plus productifs.