Par les moniteur·rice·s étudiant·e·s grévistes de la BSB


Depuis le 5 décembre 2020, les moniteur.rice.s étudiant·e·s (MOET) de la Bibliothèque-Sainte-Barbe, bibliothèque universitaire située dans le 5èmearrondissement de Paris et rattachée à l'Université Paris 3 - Sorbonne-Nouvelle, sont en grève. Alors même que nous traversons une crise sanitaire exceptionnelle, la direction de la bibliothèque et de l'université entendent précariser notre statut et nos conditions de travail. Bien que les moniteur·rice·étudiant·e·s de Sainte-Barbe aient le statut de contractuel·le·s de la fonction publique, la rémunération se fait "à l'heure faite". C'est sur ce flou administratif de notre contrat de travail que s’appuient la direction de la bibliothèque et de l’université pour faire des économies et fragiliser les plus précaires.

La mobilisation des moniteur·rice·s est partie du refus de la bibliothèque de rémunérer nos heures de début novembre, période à laquelle la BU a fermé exceptionnellement à la suite des annonces gouvernementales du second confinement. La fermeture étant bien évidemment indépendante de notre volonté, les moniteur·rice·s tout comme le personnel permanent de la bibliothèque ont été choqué·e·s de voir notre rémunération perdue. C’est aussi la question des congés maladie, particulièrement ceux liés au Covid qui concernaient plusieurs moniteur·rice·s, qui a contribué à lancer la mobilisation. Il a fallu plusieurs échanges et réunions pour que la bibliothèque reconnaisse que le fait de ne pas nous donner droit aux congés maladie était illégal. Malgré le contexte de pandémie, les moniteur·rice·s étudiant·e·s devaient jusqu’alors rattraper les heures qu'ils avaient manquées, même si cela était dû au Covid.

La direction refuse toujours de rémunérer nos heures du début du confinement ; et lorsque la question d'un troisième confinement ou d'une autre fermeture exceptionnelle est évoquée, ce qui, en cette période incertaine, est loin d'être absurde, elle élude, prétextant que cette éventualité n’est pas à l’ordre du jour.

Enfin, la préparation de nouveaux contrats pour l'année 2021-2022 ne présage rien de bon pour le statut et les conditions de travail et de rémunération des moniteur·rice·s étudiant·e·s. Malgré le ton de la direction qui se veut rassurant, nous n'avons pour l’instant aucune garantie que ces nouveaux contrats ne vont pas nous précariser encore plus. Le passage à un statut de vacataire ferait en effet perdre bien des avantages et droits sociaux (remboursement partiel des titres de transport, droit aux tickets restaurant, rémunération des jours fériés, droit aux congés payés…). Alors que les moniteur·rice·s travaillent cette année 15h par semaine, ce qui est à peine, voire insuffisant pour pouvoir payer leurs loyers et vivre décemment, la DRH avait imaginé avec ces nouveaux contrats un emploi "à la carte", flexible selon les besoins de la bibliothèque, sans aucune assurance d'un nombre d'heures hebdomadaires fixe.

Une grève a donc été entamée le samedi 5 décembre par les moniteur·rice·s, suivi·e·s par plusieurs permanent·e·s grévistes. Malgré les efforts de la direction pour pallier la grève, la bibliothèque n’a pas pu ouvrir aux centaines d’étudiant·e·s qui fréquentent Sainte-Barbe chaque samedi. La grève sera maintenue tous les samedis tant que nos revendications ne seront pas entendues.

Les moniteur·rice·s étudiant·e·s, comme leur statut l'indique, sont tous étudiant·e·s en plus de cet emploi. Il n'est plus nécessaire de revenir sur le fait que les conditions dans lesquelles les étudiant·e·s mènent leurs études cette année sont désastreuses, entre isolement, perte de motivation et risque de décrochage – rappelons en plus que 20% des étudiant·e·s vivent déjà sous le seuil de pauvreté. Avec des conditions de travail précaires et une rémunération tronquée, c’est une nouvelle charge qui leur tombe dessus.

Les moniteur·rice·s étudiant·e·s de la BSB sont employé·e·s par l'université Sorbonne-Nouvelle, ancrée à gauche, qui se positionne régulièrement comme luttant contre la précarité étudiante à grand renfort de discours. Une position difficile à tenir alors que ses propres employé·e·s étudiant·e·s, étudiant·e·s à Paris 3 pour certains d'entre eux, sont obligé·e·s de faire grève pour obtenir ce qui devrait être le minimum.

La mobilisation nous a permis d’entrer en contact avec de nombreux·reuse·s employé·e·s de bibliothèques, étudiant·e·s, mais aussi permanent·e·s, vacataires ou contractuel·le·s. La situation à Sainte-Barbe n'est évidemment pas un cas isolé : le personnel des bibliothèques est trop souvent précaire. Au-delà même des bibliothèques, cette situation est due à la casse de la fonction publique et la fragilisation de l’enseignement supérieur et de la recherche où le recours aux contrats précaires est de plus en plus fréquent.

La bibliothèque et l'université avancent des arguments juridiques pour justifier l'absence de rémunération pendant le confinement et les changements de contrat.  La question de la précarité étudiante ne peut être réduite à de tels arguments. En ce moment peut-être plus que jamais, il est question pour les universités de faire des choix politiques.

Caisse de grève pour soutenir les moniteur·rice·s étudiant·e·s :

https://www.leetchi.com/c/soutien-aux-moniteur-rice-s-etudiant-e-s-de-la-bsb?fbclid=IwAR2ykQTGq7BwK9GgJ4zcd9HGCYlYaeO_ykIyMOrrbz_MxG73e_N4tgXMp-g