Par Modibo Massaké, étudiant malien en Master 2 de sciences de l'éducation à l'université de Nanterre, militant au sein du collectif des étudiant·e·s étranger·e·s de Nanterre.


Le 11 octobre 2019, le Conseil constitutionnel avait dans une décision inédite rappelé le principe de gratuité de l'enseignement supérieur public. Mais il affirmait également dans sa décision que ce principe de gratuité n'exclue pas la mise en place des frais différenciés à condition que les montants restent "modiques", avant de renvoyer l'affaire devant le Conseil d'État suite à une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) qui avait été soulevée par des associations et syndicats d'étudiant·e·s. [1]

Ainsi, il revenait au Conseil d'État de trancher sur le caractère modique des frais d'inscription. Le 1er juillet 2020, cette institution a rendu sa décision en rejetant la requête des associations et en validant l'augmentation des frais.

C'est une très mauvaise nouvelle pour les étudiant·e·s étranger·e·s, après deux ans de manifestations, de débats, de rencontres et la mobilisation des universités ainsi que les laboratoires de recherche pour défendre une Université gratuite, ouverte à tou·te·s et émancipatrice.

Cette décision du Conseil d'État a été rendue dans un contexte difficile. À l'heure où les étudiant·e·s ont été touché·e·s de plein fouet par la crise sanitaire, qui a causé la fermeture des universités, des pertes d'emploi et de vies humaines. Car certain·e·s étudiant·e·s ont perdu des proches et ont été exposé·e·s à la précarité.

Cette décision du Conseil d'État vient aussi balayer nos espoirs. Les étudiant·e·s étranger·e·s étaient soulagé·e·s par le rejet massif de la réforme par les universités, qui ont refusé d'appliquer la hausse des frais d'inscription pour les étranger·e·s [2]. Mais aujourd'hui, force est de constater que la logique néolibérale et la marchandisation de l'enseignement l'emportent sur le principe de gratuité et d'égalité des chances. À ce jour, nous sommes extrêmement déçu·e·s que les valeurs humanistes et d'ouverture, même dans le monde du savoir, soient reléguées au second plan.

Néanmoins, le combat n'est pas terminé : nous serons toujours motivé·e·s pour aller au bout de nos études et pour nous battre afin que les étudiant·e·s étranger·e·s extracommunautaires soient traité·e·s de la même manière que les autres étudiant·e·s au sein de la communauté universitaire.

Nous continuerons la mobilisation auprès des universités qui ont accordé une exonération des frais d'inscription aux étudiant·e·s étranger·e·s afin que celles-ci ne changent pas leur position. C'est le cas par exemple de celle d'Orléans, qui a renoncé aujourd'hui à faire payer les étudiant·e·s étranger·e·s pour s'inscrire. Par ailleurs, nous éviterons d'aller dans les universités qui ont déjà appliqué les frais différenciés - 2270€ pour la Licence et 3770€ pour le Master, contre respectivement 170€ et 243€ auparavant.

Les étudiant·e·s étranger·e·s ont un statut précaire. Elles et ils ne peuvent pas travailler au-delà de 20h par semaine, alors que les jobs étudiants servent à payer nos loyers, les courses et les factures. Augmenter des frais d'inscription, c'est ajouter des contraintes supplémentaires sans pour autant améliorer la situation des étudiant·e·s étranger·e·s.

Dans sa décision, le Conseil d’État affirmait que les étudiant·e·s étranger·e·s pourraient bénéficier des aides de l’État. Mais, une fois de plus, cet argumentaire nous renvoie à l’image selon laquelle les étudiant·e·s africain·e·s vont se mobiliser pour quémander la charité et profiter du système éducatif français.

Il convient de préciser que la mobilisation des étudiant·e·s a pour but d’exiger l'égalité des droits. Nous refusons de se soumettre à une sélection par l'argent.

L'université est un espace de travail où l'on ne doit pas être jugé·e selon nos origines et selon notre nationalité. Les étudiant·e·s étranger·e·s ne sont pas des parasites du système universitaire français. Ce sont des individus en quête de connaissance qui ont des réels atoûts et qui contribuent à la vie associative, au rayonnement culturel et à la croissance économique de la France : l’accueil des étudiants étrangers lui rapportent 1 milliard 600 millions d’euros par an selon Campus France.


[1] La QPC est une question prioritaire de constitutionnalité qui permet à tout justiciable d’évoquer la conformité d’une disposition législative à la constitution. Les trois associations. À savoir : l'Union nationale des étudiants en droit, gestion, AES, sciences économiques, politiques et sociales (UNEDESEP), le Bureau national des élèves ingénieurs (BNEI) et la Fédération nationale des étudiants en psychologie (FENEPSY).

[2] Toutes les universités ont refusé d’appliquer la mesure sauf: Rennes 1, Paris 2 assas, Franche Comdé, Orleans, Paris 11