Par Manel Djadoun, étudiante en M1 de recherche en Sociologie politique à l'université de Nanterre.


L'objectif affiché du plan "Bienvenue en France" est d'atteindre 500 000 étudiant.e.s étranger.e.s à l’horizon de 2027. Il s'appuie sur plusieurs mesures contradictoires : offrir de meilleures conditions d’accueil aux étudiant·e·s étranger·e·s en simplifiant les démarches, renforcer le rayonnement de l’enseignement français à l’étranger en délocalisant des antennes d’universités et d’écoles hors de France, et faire payer aux étudiant·e·s étranger·e·s non européen·ne·s des frais d'inscription (2 770€ pour la licence et 3 770€ pour le master).

A l'opposé de son objectif d'attractivité, le plan "Bienvenue en France" est un repoussoir pour une large part des étudiant·e·s étranger·e·s, pour qui le coût de la vie est identifié comme un frein à l’attractivité des universités françaises.

"Bienvenue en France", oui donc, mais seulement pour les étudiant·e·s les plus riches, provenant des université les mieux positionnées au classement de Shanghai, qui se concentrent en Europe, en Amérique du Nord et en Asie de l'Est. Ce plan est le visage d'une politique d'immigration choisie des étudiant·e·s étranger·e·s en France. Cette politique est le résultat de décennies de marchandisation de l'enseignement supérieur et de la mise en place effective de l'immigration choisie par la France et de l'Union européenne au niveau universitaire.

Quelle immigration étudiante le gouvernement entend-il choisir ?

Depuis les années 2000, si la délivrance de visas d’études a significativement augmenté, l’Afrique est la première région dont l'attribution de visas d’études par la France diminue, alors que le nombre d’étudiant·e·s africain·e·s qui partent étudier à l’étranger ne cesse d’augmenter. Dès 1979, de nouvelles conditions son instaurées pour complexifier aux étranger·e·s l’accès à l’enseignement supérieur français : test de langue, exigence de ressources financières, engagement à quitter le territoire au terme des études. En 2007 le gouvernement français annonçait qu’il souhaitait favoriser les entrées d’étudiant·e·s étranger·e·s qui « répondent aux besoins économiques » du pays.

Le plan "Bienvenue en France" pousse encore plus loin la logique sélection des étudiant·e·s étranger·e·s. Auparavant les critères de sélection excluaient déjà les étudiant·e·s des pays dont la valeur monétaire est écrasée par celle de l'euro. Avec ce plan, le gouvernement sans ambigüité de renforcer le tri des étudiant·e·s étranger·e·s sur la base de critères sociaux et géograhiques : sur la base de critères racistes.

Lors de sa présentation du plan, Édouard Philippe annonçait que les "étudiants indiens, russes, chinois seront plus nombreux et devront l’être" sans prendre la parole au sujet des étudiant·e·s africain·e·s, qui constituent pourtant 46% des étudiant·e·s étranger·e·s en France. Parmi elle et eux, 77 % s’inscrivent à l’université (Licence et Master). Les étudiant·e·s africains sont donc les premier·e·s concerné·e·s par le tri sélectif de l'immigration choisie universitaire.

Pour donner des airs de justice sociale à sa réforme, l'ancien Premier ministre expliquait : "Un étudiant étranger très fortuné qui vient en France paye le même montant qu’un étudiant français peu fortuné dont les parents résident, travaillent et payent des impôts en France depuis des années."  Mais cette rhétorique est absurde puisque les étudiant·e·s européen·ne·s ne paient pas non plus d’impôts lorsqu’elles et ils  étudient en France.

La mise en place de frais de scolarité différenciés pour les étudiant·e·s non européen·ne·s  n’est que l’expression d’une politique migratoire française qui oscille entre logiques sécuritaires, maîtrise des flux migratoires et logiques économiques. Pour l’enseignement supérieur cette politique se traduit concrètement par la volonté d’attirer les étudiant·e·s  issu·e·s des BRICS, au détriment des étudiant·e·s issues des pays africains.

Le traitement différencié de nos camarades africain·e·s est profondément injuste au regard des valeurs d'égalité des droits de la République française. Nous suivons les mêmes cours et nous fournissons le même travail pour réussir et donner de la valeur à nos diplômes. Si le gouvernement voulait réellement attirer de nouveaux étudiant·e·s étranger·e·s et miser sur l'excellence académique, plutôt que de nous faire payer, il devrait faire le choix de rémunérer tou·te·s les étudiant·e·s, français·e·s comme étranger·e·s, pour reconnaître notre travail et garantir la réussite universitaire de toutes et tous.

Un vrai projet d'avenir pour l'enseignement supérieur français n'a rien à voir avec le tri sélectif à peine camouflé du gouvernement. Le modèle universitaire d'avenir est celui de la coopération scientifique internationale et démocratique, où l’intelligence collective est au service du progrès scientifique et de l’émancipation humaine. Nos universités doivent être gratuites, ouvertes à toutes et tous, sans quoi nous manquerons de travailleur·se·s qualifié·e·s et de scientifiques pour résoudre les crises de notre époque et pour construire une nouvelle société.