Par Lucie Martin, étudiante en 3ème année à l'IEP de Grenoble.


Un rapport commandé par le Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, paru le 21 septembre dernier, montre que l’emploi étudiant est devenu une réalité pour la majorité d'entre nous.

Une majorité d'étudiant·e·s travaille à côté de ses études

Aujourd'hui, trois étudiant·e·s sur quatre se salarient pendant leur parcours universitaire (ce chiffre prend en compte le travail saisonnier). À l’inverse, seul·e·s 26% des étudiant·e·s français n’ont jamais exercé d’activité rémunérée, régulière ou ponctuelle.

Durant l'année universitaire, selon une enquête de l’Observatoire national de la Vie Étudiante (OVE) en 2016, 46% des étudiant·e·s ont eu une activité rémunérée. Parmi elles et eux, 55% ont eu une activité à temps plein ou à mi-temps. Ainsi, l'emploi étudiant correspond pour moitié à un emploi salarié en parallèle des études, pour subvenir à ses besoin.

Par ailleurs, le rapport souligne qu’une part importante d’étudiant·e·s décide de ne pas travailler en parallèle de leurs études pour mieux les réussir, ce qui les contraint de se priver de logement personnel, d'alimentation ou de vie sociale et culturelle. En outre, si 60% des étudiant·e·s préfèrent se consacrer à leurs études, seul·e·s 30% estiment leurs ressources suffisantes, alors que 39% d'entre nous considèrent ne pas avoir suffisamment de temps pour une activité rémunérée à côté des études. Ces dernier·e·s occupent pour la plupart des jobs pendant les vacances ou au fil de l'eau (baby-sittings, missions d'intérim). En outre, certain·e·s ne trouvent pas d'emploi malgré leur volonté d'avoir un salaire.

Des types d’emplois faisant ressortir les inégalités

La nature des emplois occupés varie évidemment entre les étudiant·e·s et fait ressortir les inégalités sociales. 68% des étudiant·e·s exerçant une activité rémunérée ne reçoivent aucune aide financière de leurs parents. Pour 29% d’entre elles et eux, les parents perçoivent des revenus inférieurs ou égaux à 1500 euros. Durant leurs études, 30% des étudiant·e·s perçoivent une rémunération - inférieure au SMIC - dans le cadre d’un stage, formation en alternance, et 14,4% dans d'autres activités liées à leurs études.

Il existe deux types d’emploi étudiant. D'une part, ceux qui sont compatibles avec les études ou en lien avec leur projet professionnel (56%). D'autre part, les emplois alimentaires, qui n'ont aucun lien avec les études et permettent uniquement de subvenir aux besoins des étudiant·e·s (44%). Ce deuxième type d'emploi est donc concurrent avec les études et empêche leur réussite optimale. Seul·e·s 1,4% des étudiant·e·s occupent un poste complètement affilié à leur études (internat, monitorat, attaché temporaire d'enseignement et de recherche).

Le gouvernement encourage le travail salarié des étudiant·e·s

L'argumentaire du Ministère, développé tout au long du rapport, est clair : puisque le travail à côté des études est devenue une généralité, il faut consacrer plus de moyens pour favoriser l'emploi étudiant. Il faut donc permettre aux universités de s'organiser en ce sens et aux entreprises d’augmenter le nombre de postes destinés à des étudiant·e·s. Le rapport propose donc la mise en place d’une charte de l’emploi étudiant afin de permettre de nouvelles procédures en ce sens, facilitées par de nouveaux leviers financiers. Ces procédures s'accompagneraient d'aménagement des études, en intégrant l'emploi étudiant dans le cursus universitaire, avec des crédits ECTS alloués.

Plutôt que de questionner les raisons de la nécessité pour de nombreux·ses étudiant·e·s de devoir travailler à côté de leurs études, le rapport préfère mettre en avant l’expérience que peut apporter une activité rémunérée, quitte à mettre en péril la réussite étudiante.

En finir avec l’emploi étudiant, c'est possible avec le revenu étudiant

Dans ce rapport, le plus alarmant est sans doute la reconnaissance assumée de l'insuffisance de l'action du gouvernement pour mettre fin à la précarité étudiante. Le manque de moyens à disposition des étudiant·e·s pour (sur)vivre et s'émanciper dans ses années d'études est mentionnée plusieurs fois.

Or, plutôt que de pallier ce manque cruel en proposant d’élargir les bourses, de mieux encadrer les stages ou d’instaurer un revenu étudiant, le gouvernement tord la problème en répondant à l'envers : les étudiantes et étudiants devraient se salarier conjointement à leurs études afin de valoriser des compétences et savoirs-faire qu’ils et elles sont en train d’acquérir et de consolider. Cette rhétorique, en plus d'être cynique, prouve que le gouvernement n'a aucune idée de la réalité du travail des étudiant·e·s : c'est en nous consacrant à fond dans nos études que nous pouvons acquérir et consolider au mieux nos savoirs et savoirs-faire.

Ainsi, plutôt que de chercher à salarier les étudiant·e·s, reconnaissons enfin les études comme une activité nécessaire aux individus et à la société, à travers l’instauration d’un revenu étudiant. Signe la pétition !