Par Pierre Labrousse, étudiant en L3 Histoire à l'université d'Aix-en-Provence


Les annonces récentes de Frédérique Vidal allant dans le sens d’une application prochaine de la « Loi de programmation pluriannuelle de la recherche », sous forme de décrets, font craindre de sombres lendemains de crise pour le personnel universitaire.

Pourtant, la crise du Covid-19 a montré l’importance de la recherche pour notre société. Que ce soit dans la recherche d’un vaccin, la production de connaissances sur les modes de circulation du virus, la science est un point d’appui primordial dans la lutte contre le virus. Les sciences humaines aussi sont mobilisées dans cette crise, que ce soit pour analyser le comportement de la population face au virus, ou même pour comprendre quelles peuvent être les dérives autoritaires dans la bataille contre la pandémie. Au-delà même d’une vision purement utilitariste de la science, c’est grâce à celle-ci que notre société peut espérer un "monde d'après" meilleur. Le rôle de la recherche, qui, en plus d’être un pilier de notre économie, est également vecteur d’émancipation humaine, n’est pas compris par nos dirigeants, qui n’y consacrent des moyens qu’à condition de pouvoir en retirer du profit.

L’abandon progressif de la recherche publique par l’État remonte à des décennies. Le budget 2020 de l’Enseignement supérieur et de la Recherche n’a progressé que de 500 millions d’euros par rapport à l’année dernière. Cette augmentation ne parvient même pas à couvrir les besoins par étudiant·e, et le budget réservé à la recherche se réduit d’année en année. L’insuffisance de l’investissement dans la recherche publique rend toujours plus difficile pour les scientifiques de répondre aux enjeux sanitaires et écologiques de notre siècle, qui sont pourtant d’une ampleur inédite.

La LPPR, si elle est mise en œuvre, va accroître encore davantage le fossé qui sépare la situation actuelle de la recherche et le niveau d’investissement financier et organisationnel qu’il faudrait atteindre pour répondre aux besoins de notre société. Alors qu’il faudrait libérer le travail du personnel de recherche, le gouvernement prévoit de le précariser davantage en développant la contractualisation par projet de recherche et en s’attaquant à leurs statuts qui seront fusionnés et régis au cas par cas. À la logique de la rentabilité s’ajoute celle du contrôle : le développement des appels à projets et des logiques managériales menacent l’indépendance de la recherche publique. La course à la rentabilité alimente la vision court-termiste de la science, où la forme est privilégiée au fond. On ne peut que s’inquiéter, dans le contexte de pandémie actuel, de l’usage excessif de prépublications dans le débat public, où des articles scientifiques non validés par des pairs sont présentés comme des vérités établies.

La qualité de l’enseignement supérieur, déjà rudement affectée par la crise du Covid-19, ne peut pas souffrir d’une plus grande précarité du personnel enseignant ni de suppressions de postes. Le confinement, la fermeture des universités jusqu’en septembre, la normalisation des cours à distance et le maintien des examens dans plusieurs établissements ont déjà considérablement accentué les inégalités entre étudiant·e·s et empêché la réussite de nombre d’entre elles et eux. L’enjeu est clair : si la qualité des enseignements a baissé et si des étudiant·e·s ont été laissé·e·s sur le carreau, il faut corriger cette situation dans les plus brefs délais pour permettre à tou·te·s de réussir leurs études. Mais plutôt que de prendre des mesures pour répondre au rôle formateur et émancipateur de l’université, la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche s’inquiète que du prestige des diplômes, peu importe la réalité de leur contenu, comme le démontrent les dernières annonces de Frédérique Vidal pour une dématérialisation accrue de l’enseignement.

Si nous voulons construire un monde d’émancipation et de justice, la lutte contre la LPPR, pour une vraie université d’excellence, où le personnel enseignant et de recherche a les moyens de faire son travail, est vitale. Il y a quelques mois, le personnel universitaire avait uni ses forces dans une mobilisation d’ampleur, mais insuffisamment suivie par les étudiant·e·s, inquiet·e·s pour leur avenir. Mais aujourd’hui, les crises et les mouvements de révolte qui se multiplient dans le monde rappellent l’urgence de changer radicalement les choses. Si nous voulons un avenir meilleur, l’enseignement supérieur et la recherche doivent être mis au service de la révolution dont notre monde a besoin.  Pour gagner cette bataille, dans toutes nos facs, joignons nos forces à celles de nos profs, chargé·e·s de TD et secrétaires d’administration. Donnons-nous rendez-vous le 6 juin à la Rencontre nationale dématérialisée des Facs et Labos en Lutte, pour débattre du contre-projet que nous voulons et de la manière dont nous pouvons le faire gagner sur tous les campus.