Jérémie Giono est secrétaire fédéral du PCF Isère et conseiller en énergie


L’écologie est un enjeu de taille pour le XXIe siècle, mais le capitalisme ne permet pas d’y répondre correctement. En quoi une profonde transformation de notre société est-elle nécessaire pour mieux défendre l’environnement ?

Globalement, la question c'est qui a le pouvoir, et pour faire quoi. Aujourd’hui, le capitalisme est un système ou ceux qui ont le pouvoir, ce sont les actionnaires, et les détenteurs des capitaux. Structurellement, leur but n’est pas d’être philanthrope mais de faire fructifier leur capital, la loi du profit part de là. De cette structure de société découle un certain nombre de logiques. Cela induit notamment que les enjeux écologiques et environnementaux passent au second plan, derrière les impératifs de profit. Si on veut aller vers une forme de société ou la civilisation humaine soit en harmonie avec son environnement, la question de la gouvernance doit être posée. C’est pour ça que le communisme est objectivement indissociablement lié à la question de l’écologie. À partir du moment où le pouvoir est exercé par l’ensemble de la société, et donc tous ceux qui produisent les richesses, c’est l’ensemble de la société qui est prise en compte, et donc ses intérêts. Pour que l'intérêt de l'espèce et donc l’harmonie avec l’environnement soit pris en compte, il faut que ce soit l’ensemble de l’humanité qui décide son destin. Cela ne veut pas pour autant dire qu’on arrête d'aménager notre milieu, bien au contraire.

Le PCF est engagé dans la bataille contre le projet Hercule, qui prévoit notamment la privatisation de tout un pan du service public de l’énergie. Ce projet s’attaque au service public, mais c’est aussi un drame du point de vue écologique.

Hercule prévoit effectivement d’éclater l’entreprise EDF. On a aussi des “mini-hercules”, par exemple, à Grenoble, avec les évolutions de l’entreprise Gaz et Electricité de Grenoble avec  des logiques d’éclatement entre la production, la distribution et la vente. On est donc sur une logique d’éclatement, avec des logiques financières puisque l’idée c’est de privatiser ce qui est rentable et de garder sous le giron public ce qui ne l’est pas. C’est un problème en matière de cohérence de la production, puisqu’au contraire une politique de transition écologique nécessite de la planification, et donc une mise en cohérence de l’ensemble de la filière. Il faudrait même l'intégration à un pôle public de l’énergie, d’entreprises comme PhotoWatt, une des seules entreprises européennes qui produit du panneau photovoltaïque, et qui aujourd’hui est en grande difficulté. C’est une filiale d’EDF, mais EDF n’y met pas les moyens nécessaires pour la développer. On aurait besoin de plus d'intégration au lieu d’une politique de désintégration, et d’une maîtrise publique, au lieu d’un découpage avec des intérêts financiers à courte vue.

Ainsi, avec Hercule on va privatiser. EDF bleu serait le nucléaire qui resterait 100 % public, EDF Azur serait l’hydraulique, qui resterait public dans un premier temps, et EDF Vert serait privé. Dans EDF vert on a tout ce qui concerne les nouvelles énergies, dites renouvelables. Mais on prévoit aussi de privatiser Enedis, c'est-à-dire que le projet Hercule prévoit de privatiser un monopole et de fait, tout le réseau de distribution électrique. Nous ne sommes donc même pas dans une logique de faire du privé pour faire du concurrentiel, qui est la philosophie de façade des directives européennes, puisqu'on va privatiser tout un réseau.On les comprend, parce que Enerdis, anciennement ERDF, c’est une poule aux oeufs d’or. Même aujourd’hui, EDF s’en sert pour faire remonter les dividendes à la maison-mère au lieu de faire l’ensemble des investissements nécessaires.

Sur les énergies renouvelables, il faut préciser qu’elles ne se limitent pas uniquement aux éoliennes et aux panneaux photovoltaïques, On a aussi par exemple toute la micro-hydraulique à développer, le turbinage des réseaux d’eau potable, qui sont beaucoup plus écologiques que l’éolien et le photovoltaïque. Tout ça, on dit qu’il faut le développer, on multiplie les points d’injections d’électricité sur le réseau, et en même temps on va le privatiser. Ainsi, pour des raisons physiques, il va falloir faire des investissements massifs sur le réseau de distribution pour pouvoir absorber l’ensemble de ces petits raccordements. On est donc dans une logique qui ne marche pas, on est en train de nous préparer avec le projet Hercule, des blackout en série.

Tu es secrétaire fédéral du PCF Isère, est-ce que la thématique écologie c’est quelque chose qui va compter dans les prochaines élections départementales et régionales ?

Oui tout à fait. Sur les départementales, on est plus sur la question de l’alimentation, notamment au niveau des cantines sur les collèges, et sur la question en partie agricole, puisque les départements ont des leviers sur le foncier, avec donc un enjeu autour des circuits courts. On traite aussi la question des logements, puisqu’aujourd’hui le département d’Isère est détenteur du principal office public d’habitat HLM public de l’Isère. Cela concerne donc la rénovation thermique du parc de logement. La coalition qu’on a su construire localement avec le printemps isérois, qui rassemble toute la gauche et les écologistes, se positionne fortement sur ces enjeux écologiques.

Sur les régionales, on va être sur les questions de politiques industrielles, parce que la région est aujourd’hui chef de fil sur tout ce qui est politique économique. Là-dessus on a un vrai sujet parce que l’enjeu c’est d’intégrer des filières industrielles dans une logique de filière et de cohérence de production dans une perspective stratégique, contrairement à ce qui se passe actuellement, où tout est éclaté et ou on se retrouve dans une situation où chacun produit dans son couloir au grès des opportunités, et cela avec l’appui des plans d’aides régionaux, qui se font sans aucune contrepartie. Là-dessus, je prends un exemple, qui nous distingue de nos autres partenaires à gauche, parce que malheureusement la gauche sera divisée en Auvergne-Rhône-Alpes autour de trois listes. L'originalité de notre position sur ces questions c’est que nous voulons pousser à l’intégration des filières. Par exemple, on peut prendre la microélectronique, qui est liée aux enjeux de transition énergétique. Tout ce qui est pilotage intelligent, la domotique, on est vraiment dans un sujet fondamental. Aujourd'hui en Isère, on a des entreprises de pointe dans la fabrication des composés électroniques. Mais ces entreprises travaillent au gré des vents avec des partenaires différents, mais n’investissent pas suffisamment dans les technologies de demain. Nous avons repris ce que porte la CGT sur le secteur, à savoir la constitution d’un Airbus de la microélectronique, et donc un consortium avec pilotage public, qui intégrerait l’ensemble des entreprises de la filière micro-électronique à l’échelle européenne. La région peut être motrice dans la réalisation de ce projet. Il faut savoir que les américains et les chinois sur des modèles très différents, sont dans des logiques de filières. Il n’y a qu'en Union Européenne, ou on est sur l’anarchie de la loi du marché, avec le non-interventionnisme de l'État. SI on arrive pas à faire sortir de terre ce projet, dans 20 ans, l’Union européenne sera à la ramasse, et on aura pris un retard considérable, y compris en matière de transition énergétique. C’est ça que nous allons porter dans les élections régionales.

La majorité de la population française est acquise à la cause climatique, mais comment rassembler pour offrir un débouché politique à ces aspirations ?

On a besoin de rehausser massivement le niveau de conscience scientifique. Aujourd’hui on voit bien qu’il y a des discours obscurantistes qui se développent, y compris de la part des climato-sceptiques. Tout ça vient alimenter la pensée réactionnaire. Mais ce qui est intéressant, c’est que la majorité dans l’opinion qui se construit autour des enjeux climatiques part d’un postulat scientifique et des analyses du GIEC, c’est très intéressant. Mais on a aussi parfois une grande confusion dans le débat sur les solutions pour affronter la crise climatique. Un sondage par exemple, révélait que la moitiée des français pensaient que les centrales nucléaires émettent du CO2, alors que c’est de la vapeur d’eau. Je ne jette pas la pierre dans la confusion dans laquelle on baigne, c’est compliqué de s'y retrouver. Mais ce qui est intéressant c’est de tirer le fil, et de rehausser le niveau de culture scientifique. Depuis quelques années les choses bougent, y compris sur les réseaux sociaux, ou globalement aujourd'hui les propos à l’emporte pièce sur les enjeux écologiques sont retoqués. Je pense notamment, même si je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit, à Jean-Marc Jancovici, qui a beaucoup fait pour vulgariser la question du mix énergétique. Il faut s’appuyer là-dessus, avec derrière une dynamique qui dépasse largement la sphère politique. Il y a énormément de réseaux qui se constituent autour de la transition écologique, qui ne sont pas du tout dirigés par Europe écologie les verts. Il y a un mouvement citoyen qui émerge, et nous, communistes, on a tendance à regarder ça de loin, parce que notre culture historique, c'est les orgas de masse, la CGT.  C’est quelque chose de très bien, je suis moi-même très proche de la CGT énergie. Mais je pense qu’on a intérêt à raccrocher ces réseaux là, et y aller avec humilité pour créer des espaces de contact entre les salariés de l’énergie, l'univers scientifique et tout ces réseaux associatifs. Il faut développer une véritable hégémonie idéologique, qui parte à la fois du sentiment commun de conscience écologique et du discours scientifique. Le PCF avec sa revue et ses réseaux, je pense notamment à la revue Progressistes, mais aussi à la MNLE, sont des acteurs indispensables, mais le débouché politique doit venir aussi de la société et du mouvement social.