Par le comité de rédaction


« Ici sont étendus dans l’ombre des cadavres que la police ne veut pas voir ; mais l’ombre s’est mise en marche sous l’unique lueur du jour, et le tas de cadavres demeure en vie, parcouru par une ultime vague de sang, comme un dragon foudroyé rassemblant ses forces à l’heure de l’agonie, ne sachant plus si le feu s’attarde sur sa dépouille entière ou sur une seule des écailles à vif dont s’illumine son antre ; ici est la rue de Nedjma mon étoile, la seule artère où je veux rendre l’âme ; C’est une rue toujours crépusculaire, dont les maisons perdent leur blancheur comme du sang, avec une violence d’atomes au bord de l’explosion.»[1] Kateb Yacine

Alors que le 8 mai 1945 acte la victoire de la France contre la barbarie du nazisme, en Algérie le 8 mai 1945 est une bien funeste date. À Sétif, le 8 mai 45 est marqué par l'un des plus sanglants épisodes de la répression coloniale.

Ce jour-là, des étudiant.e.s, scouts et militant.es nationalistes algérien·nes brandissaient des pancartes et des drapeaux algériens au milieu des drapeaux alliés : « A bas le fascisme et le colonialisme », « Vive l’Algérie libre et indépendante ». Pour elles et eux, la Libération était synonyme d’espoir. L’espoir de voir l’Algérie libérée et débarrassée du joug colonial comme la France l’a été du régime nazi.

Alors que cette date devait être celle de la Liberté, elle a été celle d’atrocités et d’humiliations coloniales. D’une marche pacifique portant des revendications indépendantistes, surgit le drame : La répression sanglante du cortège, de nombreux morts et blessés, l’arrestation et la torture des participant·es.  Dans les jours qui suivent, les révoltes s’organisent dans toute la région : Sétif Guelma et Kherrata. Ces dernières seront méthodiquement anéanties par une répression impitoyable qui fera des dizaines de milliers de morts.

Si les massacres de mai 1945 sont marqués par le sceau de la cruauté coloniale, ils marquent aussi les débuts d’une rupture définitive avec le colonialisme. Ils cimenteront ainsi les consciences de générations d’Algérien·nes engagé·es dans les luttes contre le colonialisme, pour la liberté du peuple algérien et aux peuples opprimés.



[1] Le cadavre encerclé (Le Seuil, 1959)