Le projet de loi contre le séparatisme, présenté par le gouvernement et débattu par les député·e·s depuis une semaine, prétend guérir un « pays malade du séparatisme, dont le premier d’entre eux, le séparatisme islamiste qui gangrène notre unité nationale », selon Gérald Darmanin qui a défendu le texte devant l'Assemblée nationale. Idée déjà présente dans cette affirmation, si le projet de loi menace en première ligne nos concitoyen·ne·s de confession musulmane, sa visée plus générale entend museler toute forme d'opposition à l'autoritarisme, drapé d'une prétention républicaine mensongère, raciste et liberticide.

Comme l'a rappelé Marie-George Buffet, députée communiste de Seine-Sainte-Denis, au cours du débat, « les agents du service public doivent appliquer la neutralité et la laïcité. Si nous élargissons ce champ à la vie quotidienne dans l'espace public, vous vous en prenez à la liberté de conscience ». Les forces progressistes le dénoncent depuis des mois : ce texte s'attaque violemment aux principes républicains, en niant les libertés publiques, en brisant l'égalité face à la loi, et en affirmant un rapport concordataire aux religions, notamment l'islam.

Le 4 février, l'Assemblée nationale a voté à l'unanimité le "principe de séparatisme", qui prévoit que soit « puni de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende le fait d’user de menaces, de violences ou de commettre tout autre acte d’intimidation à l’égard de toute personne participant à l’exécution d’une mission de service public, afin d’obtenir pour soi‑même ou pour autrui une exemption totale ou partielle ou une application différenciée des règles qui régissent le fonctionnement dudit service. » Par ailleurs, « l'interdiction du territoire français peut être prononcée [...], soit à titre définitif, soit pour une durée maximale de dix ans, à l’encontre de tout étranger coupable de l’infraction. »

Dans un autre contexte, et en précisant davantage la nature de l'infraction, cet article aurait pu être un outil pour permettre à la fonction publique le plein exercice de ses missions. Ici, il s'agit d'une disposition floue et dangeureuse qui endurcira les discriminations subies par les travailleur·se·s étranger·e·s et les musulman·ne·s, notamment les femmes ayant décidé de porter le voile. En tout cas, son adoption s'oppose frontalement aux larges mobilisations pour les libertés fondamentale, pour l'égalité et la justice qui ont entraîné dans la rue des centaines de milliers de français·e·s, dont énormément de jeunes des quartiers populaires, depuis juin dernier.

La pente glissante sur laquelle se trouve notre pays alerte les communistes, et doit nous appeler à la vigilence la plus grande. Les français·e·s, et notamment les jeunes générations, conquis dans leur majorité par l'exigence d'égalité et de justice, sont attentif·ve·s aux prises de position pour et contre cette loi. Dans ce moment où la bourgeoisie divise les travailleur·se·s et fracture les liens de solidarité, notre capacité à nous faire la voix de l'union populaire et des libertés démocratiques sera décisive pour savoir qui, des forces de l'argent et de la régression ou des forces du progrès social et de la démocratie, dirigera la France, dans les années à venir, vers des lendemains plus sombres ou plus lumineux. Étudiant·e·s communistes, nous continuerons donc de manifester avec le mouvement social, et de convaincre toujours plus de nos camarades de fac de se joindre à la grande alliance populaire pour les droits, les libertés et la démocratie.