Par Lamia Batata, étudiante en Master SHS Mondes Méditerranéens en Mouvements à Paris 8


Le contexte politique français, marqué par une crise économique et sanitaire à laquelle la classe politique répond par un tournant autoritaire et xénophobe, rend les conditions de vie des étudiant·e·s étranger·e·s de plus en plus compliquées et précaires.

Sur les 5 millions de pauvres en France, 1 million serait âgé entre 18 et 29 ans selon l’observatoire des inégalités1, chiffre qui sera revu à la hausse une fois les effets de la crise du Covid-19 étudiés. On peut d’ores et déjà affirmer qu’entre les pertes d’emploi ou de stage, que les 200€ de l’état ne sauraient combler, et les milliers d’euros dépensés dans des logements inoccupés la plupart de l’année, trouant le budget de nombreuses familles, les jeunes sont, encore une fois, les plus touché·e·s par la précarité. Le confinement, dans de petits espaces la plupart du temps, ainsi que la dématérialisation des cours rend l’isolement de moins en moins supportable pour de nombreux·ses étudiant·e·s depuis mars. Qu’en est-il pour les étudiant·e·s étranger·e·s, grand·e·s oublié·e·s de cette crise ?

La solitude étudiante : double matérialisation de l’isolement pour les étranger·s

Évoquées à de nombreuses reprises, les conséquences psychologiques de la crise du COVID 19 seront désastreuses sur le long terme selon les estimations de l’OMS.2Le coût de l’accompagnement psychologique étant peu accessible pour un budget étudiant, nombre d’entre elleux se tournent vers les universités et les BAPU qui proposent une aide psychologique. Les délais étant souvent trop longs et les rendez-vous trop espacés, ces solutions sont souvent insuffisantes et laissent les jeunes dans un isolement difficilement supportable sur le long terme ; d’autant qu’il est double pour les étudiant·e·s étranger·e·s. Isolé·e de leur pays d’accueil du fait des différents confinements et de la dématérialisation des cours, ces étudiant·e·s sont aussi isolé·e·s de leurs familles, qu’ielles n’ont parfois pas vues depuis plus d’un an, et de leurs ami·e·s resté·e·s dans leur pays d’origine. À la violence de l’exil s’ajoute dès lors une solitude en terre inhospitalière qui rendent les conditions d’existence de ces personnes difficilement supportables.

Inhospitalité et frontières institutionnelles

À cette solitude s’ajoute d’ailleurs ce qu’ielles connaissaient déjà avant la crise du COVID 19, c’est à dire les barrières biométriques qui leur sont imposées.
Difficultés d’obtention de rendez vous administratif pour régulariser sa situation, impossibilité de travailler légalement en attendant, frais de scolarité et de vie en augmentation constante : tout est fait pour signifier à ces individus qu’ielles sont indésirables. À cela s’ajoutent les difficultés à trouver un logement décent du fait de manque de garants ou de refus de ceux-ci, en plus de la hausse constante du prix de l’immobilier ( notamment en région parisienne, région de France qui héberge le plus d’établissements d’enseignement supérieur ), plaçant les étudiant·e·s étranger·e·s dans une précarité extrême.  C’est d’ailleurs pourquoi de nombreux·ses étudiant·e·s étranger·e·s se retrouvent à devoir partager de petits espaces, parfois des chambres de bonnes, afin de pouvoir mettre un toit sur leur tête.

Une fois la situation régularisée pour les plus chanceux·ses, le titre de séjour étudiant, donc l’autorisation de rester légalement sur le territoire français, est conditionné à la poursuite ( et la réussite ) d’études ;  les étudiant·e·s étranger·e·s sont autorisé·e·s à ce titre à occuper un emploi « de manière accessoire ».3 Qu’en est-il pour celles et ceux qui se trouvent dans une situation où un emploi à mi temps parvient à peine à combler leurs dépenses mensuelles ? Qu’en est-il pour celles et ceux qui ne peuvent pas bénéficier de l’aide de leurs parents ? Là encore, étudier en France quand l’on est étranger·e représente des contraintes en amont, mais également en aval car une fois sur place il faut pouvoir subvenir à ses besoins.

Travailler pour rester précaire ?

Les étudiant·e·s étranger·e·s, une fois leur situation régularisée ( si elle l’est ), doivent se heurter à la difficulté du marché du travail. Certaines situations spécifiques sont à noter, par exemple le cas des étudiant·e·s algérien·ne·s qui ne peuvent travailler que 18h par semaine selon un accord bilatéral signé entre la France et l’Algérie.  Lorsqu’il est accessible aux personnes disposant de titre de séjour, le marché du travail représente là encore une barrière supplémentaire. Campant souvent des jobs déqualifiés, peu rémunérés et pénibles, le sale boulot4au sens sociologique du terme,  il faut dès lors parvenir à jongler entre son emploi et ses études, alors même que la langue peut parfois représenter une barrière difficilement franchissable. Ces difficultés sont dès lors accentuées par la fermeture du marché du travail en temps de crise économique et sanitaire.

Lorsque ces étudiant·e·s sont contraint·e·s de se tourner vers des emplois informels, les exposant à l’exploitation par le patronat, le non respect des conditions de travail et de sécurité, là encore ielles sont touché·e·s par la crise sanitaire. La fermeture des restaurants entre mars et mai, puis depuis octobre 2020, a laissé de nombreux·ses étudiant·e·s travaillant « au black » sur le carreau, sans revenu pour une durée indéterminée et sans garantie de pouvoir retrouver leur place une fois la ré-ouverture des restaurants autorisée. Que proposent les gouvernants pour endiguer cette épidémie de pauvreté et empêcher que les étudiant·e·s étranger·e·s se retrouvent à la rue ?

Étudier, c’est travailler, même sans nationalité française

Notre campagne « étudier, c’est travailler »5ne connaît pas les frontières. Elle vise à faire reconnaître le travail étudiant pour obtenir une rémunération afin de garantir à tous tes les jeunes de pouvoir faire des études, sans considérations pécuniaires. Un revenu étudiant permettrait de ne pas avoir une double semaine - une étudiante et une salariée - afin d’être garanti·e d’avoir le minimum vital. Pour briser la reproduction sociale et pour une émancipation réelle du prolétariat, un salaire étudiant est nécessaire.


1 https://www.inegalites.fr/Le-Rapport-sur-la-pauvrete-en-France-2020-2021-vient-de-paraitre

2 https://www.euro.who.int/fr/health-topics/noncommunicable-diseases/mental-health/data-and-resources/mental-health-and-covid-19

3 https://www.demarches.interieur.gouv.fr/particuliers/etranger-peut-il-travailler-durant-etudes-france

4 « Les honnêtes gens et le sale boulot », Travailler, 2010/2 (n° 24), p. 21-34. DOI : 10.3917/trav.024.0021. URL : https://www.cairn.info/revue-travailler-2010-2-page-21.htm

5 https://etudier-cest-travailler.fr