Par Lola Sudreau, trésorière de l'UEC, étudiante en M1 Industries culturelles et créatives à Paris 8


Au devant de la crise sanitaire, des professions ayant continué leur activité malgré une économie à l’arrêt ont été mises en lumière. On les a appelé « les premières de cordées ». Elles sont infirmières, hôtesse de caisse, aide à domicile ou techniciennes de surface et illustrent la division genrée du travail. « Elles » car ce sont des métiers majoritairement exercés par des femmes. Par exemple, en janvier 2020, les femmes représentaient 86,6 % des infirmier·e·s. Cette surreprésentation des femmes dans certaines professions nous conduit à parler d’une division genrée du travail. Les femmes occupent une place particulière dans le processus de production et se retrouvent dans des secteurs d’activités entier à occuper toujours les mêmes postes. On pense ainsi aux métiers du care et du soin à la personne ou au personnel d’entretien. Elles auraient ainsi de soi-disant qualités - car on attribue systématiquement aux femmes des qualités plutôt que des compétences - de l’ordre de l’inné. Dans le cas de l’aide à la personne, c’est parce qu’une femme serait naturellement douce et attentionnée et dans celui des ménages parce que chez elles, les femmes s’occupent majoritairement des tâches ménagères. Ce sont aussi des emplois précaires, difficiles et avec peu de reconnaissance. La division genrée des tâches ménagères n’est pas sans lien avec la division du travail au sein de la famille. En effet, les femmes sont majoritaires dans les contrats précaires. Elles représentent près de 80% des emplois à temps partiel. Elles sont cantonnées dans le foyer à assurer les tâches ménagères et la garde des enfants, les obligeant à réduire leur temps de travail reconnu, puisque ce temps de travail à la maison n’est pas pris en compte dans le système économique capitaliste.

Dans l’enseignement supérieur, les étudiantes sont aussi confrontées à une division et une orientation genrée de leurs études. Logiquement, les étudiantes sont surreprésentées dans les Instituts de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) tout comme dans les sciences humaines et sociales ou les formations liées au soin et à l’esthétique. Lorsqu’elles sortent de l’enseignement secondaire, les femmes sont largement orientées vers ces filières pour les mêmes qualités supposées qui leurs sont attribuées. Les étudiantes subissent une orientation genrée qui leur empêchent de maîtriser pleinement leur parcours de vie et de formation. Alors que les étudiantes sont largement majoritaires en licence et master, leur part représentative diminue en doctorat et encore plus significativement lorsque la fonction hiérarchique augmente (Maîtresse de conférence, Habilitation à Diriger des Recherches, Professeure d’université, Présidente d’Université). Pourtant, nous avons besoin de chercheuses qualifiées pour répondre aux enjeux scientifiques et démocratiques de demain.

La division du travail et des études pose la question nécessaire de la reconnaissance du travail des femmes, dans leurs foyers, leurs emplois et leurs études. En reconnaissant leur force de travail et leur place dans le système productif, on permet aux femmes de sortir de l'aliénation et libérer leur potentiel révolutionnaire.

Une première étape pour sortir de cette division dans le cadre des études est la mise en place d’un revenu étudiant pour toutes et tous. En considérant leurs années d’études et de formation comme un travail et en le rémunérant, les étudiantes peuvent pleinement s’émanciper et choisir leurs études pour contrôler leur parcours de vie.