Chaque annonce de Frédérique Vidal, Ministre de l'Enseignement supérieur, rend plus probable une rentrée universitaire majoritairement dématérialisée en septembre. Selon ses dernières prises de parole, "avec les règles de distanciation, seul le quart [des étudiant·e·s] pourront venir physiquement sur le campus."

L'enseignement à distance qui ne passe pas

Pourtant, depuis la fermeture des universités en mars, les sonneries d'alarme retentissent pour dénoncer les conditions de travail difficiles des étudiant·e·s depuis le début des cours à distance.

Le premier obstacle à la réussite de tou·te·s est la grande diversité de conditions de travail à domicile : les un·e·s ont une connexion internet défaillante, les autres vivent dans des familles nombreuses, d'autres encore ont des logements exigus, ou bien n'ont pas d'ordinateur personnel. Certains tout ça à la fois. Difficile de bien travailler dans ces conditions. Ceci ajouté aux problèmes techniques informatiques et à l'angoisse de devoir se débrouiller seul·e, on comprend que les étudiant·e·s redoutent la rentrée prochaine.

Ces mois de confinement ont prouvé qu'un enseignement majoritairement à distance, où les étudiant·e·s sont isolé·e·s les un·e·s des autres et sans contact direct avec leurs enseignant·e·s, est sévèrement lacunaire. La qualité des enseignements baisse et le suivi individuel des étudiant·e·s manque. Mais peut-être plus important encore, aller en cours en présentiel, c'est discuter avec ses pairs. Ce sont en grande partie ces moments d'échanges qui permettent d'assimiler les savoirs et de les ancrer dans sa mémoire. On se rend vite compte, une fois seul·e face à son ordi, qu'une conversation d'un quart d'heure dans un couloir revient à une heure de travail quand on est livré·e à soi-même. Étudier est un travail collectif, et il faut vraiment être très scolaire pour y arriver seul·e sans difficultés. Prendre des mesures face aux enjeux sanitaires qui nient cette réalité, c'est déplacer le problème, pas y répondre.

Mettons fin à la saturation des universités

Si le personnel d'université avait les moyens matériels et humains de faire son travail dans de bonnes conditions, les amphis et les salles de cours ne seraient pas saturés, et on pourrait trouver de vraies solutions pour que les formations reprennent dans de bonnes conditions. Décider, au contraire, de ne pas écouter leurs revendications et y substituer une stratégie de vaste dématérialisation des enseignements, c'est une décision uniquement motivée par la volonté de faire des économies sur le dos des étudiant·e·s et du personnel.

Il faut donc avant tout régler le problème de la saturation des universités pour réussir à trouver une solution sérieuse pour la rentrée de septembre. Le gouvernement a essayé la sélection... bilan : plus d'injustice, pas moins de saturation. Cela n'a pas de sens, on pourrait accueillir tout le monde, et dans des conditions sanitaires correctes, si l'Etat prenait ses responsabilités et réinvestissait plus de dix milliards d'euros dans l'université. C'est la première étape de tout plan d'urgence sérieux et ambitieux pour une rentrée de septembre réussie.

Des cours en petit effectif et des ENT opérationnels

Il devient alors possible de faire des cours en petit effectif la norme de tous les enseignements, pour mettre fin aux cours à 40 dans des salles prévues pour 20 personnes. Cela doit permettre, tout en limitant les risques sanitaires, de favoriser l'échange, donc l'assimilation des connaissances, et l'inclusion de tou·te·s dans une dynamique positive de groupe de travail.

Ensuite, si les cours sont, dans une part mineure, dématérialisés, alors il faut mener ce processus avec exigence et enfin rendre pleinement fonctionnels tous les espaces de travail numériques des universités. La documentation en ligne et l'accès à des supports de cours de qualité doivent être garantis pour tou·te·s. Cela suppose donc de fournir à chaque étudiant qui le nécessite un ordinateur, comme le département du Val-de-Marne le fait pour chaque collégien.

Permettons à celles et ceux qui font vivre l'université de faire leur travail

Bien entendu, toutes ces mesures ne peuvent se mettre en place si, dans le même temps, le gouvernement précarise encore davantage le personnel universitaire, l'empêchant de faire son travail comme il le faudrait. La LPPR n'est donc pas une option, au contraire : s'il faut repenser le statut des chercheur·se·s et enseignant·e·s, c'est pour le revaloriser et pour libérer leur travail.

Enfin, on ne peut plus risquer un nouvel épisode de confinement où les étudiant·e·s se retrouvent seul·e·s, dans des conditions qui ne leur permettent pas de travailler correctement et de réussir. Mettons donc en place un revenu étudiant, financé par les cotisations sociales, qui reconnaisse notre travail et nous permette de le mener dans des conditions optimales. Si étudier est un travail collectif, alors les universités ne seront jamais aussi performantes qu'avec une masse d'étudiant·e·s libéré·e·s de leurs jobs et prêt·e·s à joindre leurs efforts pour réussir ensemble.