Par Baya Djadoun, étudiante en 4e année à la Faculté de pharmacie de Paris.


Rattrapées par la recrudescence de l’épidémie, les universités auraient dû repenser leur mode de fonctionnement, et déployer des dispositifs sanitaires à la hauteur des enjeux, afin d’assurer au mieux la protection du personnel et des étudiant·e·s. Mais qu’en est-il réellement ? Alors que le premier ministre nous rappelait, sans surprise, l’obligation du port du masque dans les établissements de l’enseignement supérieur, Guillaume Gellé, le président de la commission et insertion professionnelle de la CPU (Conférence des présidents d’universités ), a quant à lui déclaré qu’il "n'est pas prévu que l'ensemble des étudiants soient dotés en masques". En somme, il incombe aux étudiant·e·s de se les procurer.

Cela nous confronte à deux problématiques majeures. La première étant que cela crée, pour les étudiant·e·s, une dépense supplémentaire d’environ 150€ par personne et par semestre. Or, les étudiant·e·s peinent déjà à joindre les deux bouts. Leur renvoyer la responsabilité de se fournir en masques, c’est donc assumer de les contraindre à une précarité encore plus sévère. La seconde, étant qu’en guise de réponse, les étudiants risquent, par soucis financier, d’acheter moins de masques et en conséquence de ne pas respecter la recommandation de changement de masque toutes les 4h. Ainsi, cette mesure primaire de protection sanitaire deviendrait inefficace. Le masque étant devenu, aujourd’hui, un indispensable et un réel outil de santé publique permettant de freiner la propagation du virus, la distribution de masques à tou·te·s les étudiant·e·s devrait être assurée par les établissements et financée par l'État.

La Ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, préconisait de privilégier « autant que possible le présentiel ». On peut tomber d'accord, mais encore faut-il que cela soit possible. Les préconisations décrites par le ministère dans la circulaire du 6 août 2020, sont très peu respectées. La situation au sein de plusieurs universités, notamment parisiennes, est plus qu’alarmante : des distributeurs de gels hydroalcooliques vides, pas de savons, aucun sens de circulation, pas de ventilation mécanique dû à l’absence de fenêtres. Ajoutons à cela la situation dans les amphithéâtres pleins à craquer, qui rendent le maintien d’une distanciation physique de 1 mètre impossible.

Cette année, l’enseignement supérieur accueille 48 000 étudiants supplémentaires. Le taux de réussite élevé au bac (95%) et l’explosion démographique sont des bombes à retardement qui auraient pu être traitées à temps si le gouvernement avait écouté les revendications des étudiant·e·s et du personnel. La sonnette d’alarme a été tiré il y a bien longtemps, et cette crise met en exergue un constat déjà bien criant : nous sommes témoins, jour après jour, de la crise profonde qui gagne l’Université française. Victime d’une asphyxie budgétaire, elle est confrontée à une dégradation progressive de ses locaux, de sa capacité d’accueil, de sa qualité d’enseignement et d’accompagnement. Aujourd’hui, les hausses investissements de l’Etat sont bien en-deçà des 10 milliards d’euro supplémentaires réclamés par les présidences d’université. Le gouvernement se doit donc de prendre des mesures à la hauteur de l’enjeu.

Enfin, la crise liée au coronavirus a souligné l’importance de la recherche dans la lutte contre le COVID-19. De la biologie jusqu’aux sciences sociales, toutes les disciplines sont mobilisées pour mieux connaître le SARS-CoV-2, comprendre et freiner l'épidémie ainsi que ses retentissements économiques et sociaux. Mais alors que nous étions encore en pleine crise, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche s’apprêtait à faire passer en force la Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche (LPPR). Ce projet de loi vise à précariser davantage le secteur de la recherche en s’attaquant aux statuts des acteurs de la recherches et en développant entre autre la contractualisation par projet. Précariser les chercheurs, c’est enliser le progrès au profit de la rentabilité, et être aux antipodes des enjeux scientifiques contemporains. Au contraire, nous avons besoin de conditions de travail stables, de coopérations, de recherche translationnelle et donc de nous détacher de toutes logiques de profit. Nous avons tout intérêt à recréer une dynamique de confiance avec la recherche en France, et estomper ce climat de méfiance instauré par le gouvernement de part ses interventions plus qu’approximatives et loin des réalités du terrain.

Les mobilisations du monde universitaire ne sont donc que le reflet de l’urgence dans laquelle il se trouve. La bataille sera difficile, mais nous devons, aujourd’hui plus que jamais, unir nos forces, étudiant·e·s, enseignant·e·s et chercheur·e·s, pour une université émancipatrice et en phase avec son temps !