Par Armeline Videcoq-Bard, étudiante en histoire de l'art et études nordiques et Salomé Yhuel, étudiante à l'Institut des hautes études de l'Amerique latine


Un amendement a été adopté au sénat dans la nuit de mercredi à jeudi stipulant que la recherche universitaire devra désormais se faire dans “le cadre des valeurs républicaines”, une résolution proposée par la sénatrice LR Laure Darcos.

Depuis plusieurs semaines, les membres du gouvernement lancent des invectives envers les universitaires. Le 22 octobre 2020, Jean-Michel Blanquer a qualifié ces derniers de “complices intellectuels du terrorisme”, voyant les universités comme un laboratoire pour "l’islamo-gauchisme", propos couronnés des félicitations de Marion Maréchal Le Pen sur Twitter. Ces diverses attaques, non fondées, envers le corps enseignant s'inscrivent dans un projet politique visant à diminuer le pouvoir et la portée intellectuelle des chercheuses et chercheurs. Que ce soit par la LPR (Loi pluriannuelle de la recherche) visant à couper les universités de moyens et de fonds publics, mais aussi par des politiques de sélections dès l’entrée à l’université avec la mise en place de Parcoursup en 2018. L'objectif du gouvernement est clair, préparer les étudiant.e.s au monde marchand du travail, par une sélection économique, sociale et intellectuelle.

Mais alors qu’est-ce que les “valeurs républicaines” ? Elles sont surtout celles que le service public doit porter et protéger, à savoir : liberté, égalité, fraternité, laïcité et refus de toute discrimination.
Détournant les valeurs républicaines de notre pays, le sénat entache donc la mission essentielle des chercheuses et des chercheurs. Ils doivent être libre de contribuer à l’avancée scientifique du pays, que leur sujet porte sur des valeurs dites républicaines ou non. Dans tous les pays où les gouvernements ont voulu avoir un droit de contrôle et de regard sur la production scientifique, les chercheuses et les chercheurs se sont vu.e.s muselé.e.s surtout dans le domaine des sciences sociales. Cela s’est notamment vu en Turquie et au Brésil comme le souligne Mediapart. Nous devons être alerté.e.s quant aux volontés réelles du gouvernement qui affirme son souhait de soumettre l’enseignement supérieur et la recherche à une formation éminemment diriger vers les entreprises et leurs intérêts particuliers.

Il est important de souligner que cette loi est passée dans la nuit de mercredi 28 au jeudi 29 octobre 2020. Le gouvernement profite une nouvelle fois d’un moment de fragilité dans notre société. C’est lorsque que les français.e.s ont les yeux tournés vers les nouvelles mesures sanitaires, que nous sommes confiné.e.s et en manque de moyens de réaction, qu’il choisit de faire passer une loi visant à atteindre la recherche, l'émancipation intellectuelle et les travaux portant sur notre société. Précisément au moment où nous devons repenser la société pour faire face aux enjeux sanitaires, environnementaux et sociaux. Précisément lorsque nous avons un besoin crucial de financements et de liberté dans la recherche.

Par cet amendement, le sénat enterre les possibilités d'émancipations scientifiques et intellectuelles, faisant le choix de s'amputer d’une partie de la production universitaire dans sa diversité et sa pluralité.