Par une étudiante en Master d'Histoire à Paris 1


Le contexte politique européen est marqué par l’impact de la crise sanitaire, économique et sociale et la montée sévère de l’extrême droite. Cela impose de remettre la question des violences faites aux femmes au centre du débat public, à l’occasion de la journée internationale pour l'élimination de la violence à l’égard des femmes.

Le 19 novembre, quelques jours avant la journée internationale pour l'élimination de la violence à l’égard des femmes, plusieurs centaines de personnes ont de nouveau manifesté en Pologne contre la décision du tribunal administratif d’interdire entièrement l’avortement, déjà jusque-là fortement limité dans le pays. Cette manifestation est la dernière en date d’une vague qui a commencé à la mi octobre. Le pays de forte tradition catholique n’a autorisé l’avortement entièrement et gratuitement qu’entre 1956 et 1993, date de fin du régime communiste. Depuis, les restrictions se sont accrues jusqu’à atteindre leur apogée aujourd’hui. À présent, l’avortement est déclaré inconstitutionnel même dans le cas d'une "malformation grave et irréversible du fœtus" et d'une "maladie incurable ou potentiellement mortelle".

Enlever le droit aux femmes de posséder leurs corps : l’objectif des réactionnaires

La Pologne n’est pas un cas isolé : dans l’union européenne, Malte continue d’interdire l’avortement, alors que d’autres pays comme l’Irlande et l’Espagne limitent ce droit. Plus globalement, ce sont généralement les pays aux gouvernements conservateurs et d’extrême droite qui sont les plus violents à l’égard des femmes. Égalité salariale, violences faites aux femmes, droit à l’avortement, ils sont ceux qui mettent le plus en péril la sécurité des femmes. Et pour cause, c’est l’objectif des réactionnaires : écarter les femmes de la vie publique, et leur enlever le droit de posséder leur corps. En France, l’inquiétante montée de Marine Le Pen s’accompagne du recul des victoires féministes, notamment avec la nomination de Gérald Darmanin au gouvernement. Un coup de massue supplémentaire pour nos libertés.

Une lutte à porter à l’échelle de l’Union

Face à l’offensive réactionnaire, les femmes demeurent mobilisées. En Pologne, les manifestations rassemblaient jusqu’à 400 000 personnes à la fin octobre, alors même qu’elles étaient interdites. En Hongrie, le refus de ratifier le traité de la convention d’Istanbul contre les violences faites aux femmes en mai dernier a suscité quelques mobilisations notamment sur les réseaux sociaux. Pourtant, à chaque fois qu’une lutte féministe émerge, elle se heurte à la répression : en témoignent la répression policière en Pologne, ou la mise sous silence des victimes de violences en France. Les gouvernements l’ont bien compris : les luttes des femmes ont historiquement été liées aux luttes pour la démocratie et la liberté des peuples. Pour le dire autrement, le féminisme n’émancipe pas que les femmes, mais bien la société tout entière.