Par Jérémie Fortoul, étudiant en géographie et aménagement à Grenoble


Depuis l'acte tragique d'Anas, qui a tenté de s'immoler devant le CROUS de Lyon, en novembre 2019, le sujet de la précarité étudiante a fait surface dans les médias et le débat public, même si ce problème était déjà présent depuis bien longtemps. Suite à la mobilisation sous le mot d'ordre : "la précarité tue", la principale réponse du gouvernement a été de mettre en place une ligne téléphonique, non-gratuite et ouverte à des horaires de bureaux (qui correspondent donc au moment où les étudiant·e·s sont en cours ou au travail).

Dès le début de la crise sanitaire, les difficultés ont augmenté, un des effets du confinement étant la perte de revenus, beaucoup d’étudiant·e·s ayant dû tout simplement arrêter leur activité, et, comme les intérimaires, n’ont pas pu bénéficier du chômage partiel. Selon la dernière enquête (2016) de l’observatoire de la vie étudiante, 54 % des étudiant·e·s ayant un travail déclaraient qu'il leur est « indispensable pour vivre ». Le système actuel des bourses met une grande partie d’entre nous dans une situation de dépendance à l’égard du marché du travail, et beaucoup ont recours à des boulots toujours plus précaires et sans protection sociale ou cotisation au chômage, c’est par exemple le cas des livreu·se·re·s à vélo : 57% d’entre elleux sont étudiant·e·s. Les effets néfastes du salariat étudiant ne sont plus à démontrer : pour 20 % des étudiant·e·s qui travaillent, leur activité professionnelle est « concurrente » des études ; pour un tiers, ce travail est source de stress et de tension nerveuse.

Distribution alimentaire à Douai

Parmi les mesures mises en place par la suite, il y a par exemple, en septembre dernier, les repas à 1€ dans les restaurants et cafétérias CROUS (mais qui étaient alors réservés aux seul·e·s boursier·e·s alors que les organisations étudiantes (même la fage) demandent depuis des années une extension de l'accès aux bourses et une réforme de celles-ci, qui ne bénéficient qu'à à peine plus d'un·e étudiant·e sur quatre ). Nous pouvons évidemment saluer une mesure comme celle-ci, cela fait suite à l'augmentation du prix de la restauration ces dernières années, la dernière fois en 2019 où le repas était passé de 3,25€ à 3,30€. Néanmoins, ces mesures sont insuffisantes, il faut des réponses structurelles et durables, la mise en place d'un revenu étudiant étant bien un objectif pour permettre l'émancipation et l'autonomie de tou·te·s les étudiant·e·s. Ce revenu ne serait pas simplement une mesure de charité, mais serait une avancée révolutionnaire à part entière, en reconnaissant l’utilité des étudiant·e·s pour la société et le travail qu’ils et elles fournissent.

Collecte à Grenoble

À Grenoble, le collectif Génération Précarité (rassemblant des syndicats étudiants, associations du campus et autres organisations dont l'UEC) a été créé à la rentrée de septembre 2020 au travers d'une pétition demandant aux élu·e·s un plan local contre la précarité de la jeunesse. Au début du deuxième confinement, devant l'inaction des pouvoirs publics (en premier lieu notre ministère), l'auto-organisation s'est imposée. Grâce à la solidarité des personnes rencontrées lors des collectes alimentaires dans les supermarchés, ainsi qu'aux dons du CCAS de Grenoble, nous avons pu organiser des distributions alimentaires dans différents lieux (principalement des résidences étudiantes) de l'agglomération, plusieurs fois par semaine (le nombre de distributions hebdomadaires a augmenté au fil de la structuration du réseau, de l'arrivée de nouve·lles·aux bénévoles etc... jusqu'à effectuer 4 distributions pendant la semaine précédant les vacances de Noël ). Lors des distributions, il nous tient à cœur de ne pas demander un quelconque justificatif ou une participation financière.

De plus, au sein du secteur de Grenoble de l'UEC, nous organisons depuis 3 ans des "ventes solidaires de fruits et légumes", où nous pouvons porter un message politique (dénoncer les logiques de profit des act·rice·eur·s de la grande distribution sur le dos des product·rice·eur·s et des consommat·rice·eur·s) tout en permettant aux étudiant·e·s de se procurer des fruits et légumes de bonne qualité à des prix abordables. De même, ces derniers mois, les étudiant.e.s communistes à travers la France ont mené ce type d'initiative.

Collecte à Marseille

Nous voulons toujours avoir un message politique pendant chaque initiative et inviter les étudiant·e·s à s'engager, mais l'urgence est là, et nous ne pouvons nous résoudre à délivrer des discours sans exprimer concrètement notre solidarité. Les étudiant·e·s ne sont pas des irresponsables, déconnecté·e·s de la réalité, comme l’affirment certains responsables politiques, bien au contraire : face au mépris, à l’infantilisation et à l’absence d’écoute et de considération, les jeunes construisent le monde de demain, que ce soit en prenant part aux luttes révolutionnaires, ou en s’engageant sur le terrain de la solidarité. Partout en France, à travers ces actions solidaires, les étudiant·e·s communistes s’inscrivent dans la continuité de leur campagne «Étudier c’est travailler», en appelant à la mise en place d’un revenu étudiant et à un réinvestissement massif dans l’enseignement supérieur et la recherche.