Par Taoufiq Tahani, Président d'honneur de l'AFPS


Le quartier de Sheikh Jarrah est un quartier de Jérusalem qui a accueilli en 1948 plusieurs familles palestiniennes expulsées pendant la Nakba et donc dépossédées de leurs maisons.

En 1956, un accord a été conclu entre le gouvernement jordanien et les Nations Unies pour fournir des logements à environ 28 de ces familles. Le gouvernement jordanien, qui administrait la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est a fait don du terrain et les maisons ont été construites grâce à des fonds de l’UNRWA. Les habitants payaient un loyer symbolique et devaient devenir propriétaires au bout de trois ans. L’accord n’a pas été honoré à temps et la guerre de 1967 avec l'occupation de Jérusalem-Est par Israël a perturbé les procédures permettant aux résidents d'obtenir leurs titres de propriété.

Profitant de l’absence de ces titres, des colons ont produit de faux documents de propriété et ont lancé une grande campagne pour expulser les habitants et saisir les maisons au prétexte que ces biens  leur auraient appartenu avant 1948. Certains ont même prétendu qu’en 1885, ils étaient propriétaires de la terre sur laquelle sont construites les 28 maisons.

Les tribunaux israéliens, partie intégrante du système de la colonisation israélienne, ont donné raison aux colons et ordonné l’expulsion des familles palestiniennes. Trois maisons ont été évacuées de force en 2008/2009, aussitôt occupées par des colons.

Les 25 familles restantes sont menacées d’expulsion à tout moment et quatre d’entre elles devaient être jetées dans la rue dans les tout prochains jours, la Cour Suprême israélienne devant se prononcer définitivement le 10 mai. C’est ce qui explique la forte mobilisation contre ce véritable nettoyage ethnique et le report de la décision de la Cour « pour apaiser les tensions » est parfaitement hypocrite.

La décision des tribunaux israéliens se base sur des documents frauduleux et sur une loi qui est l’expression flagrante du système d’apartheid israélien.

En 1970, la loi sur les affaires juridiques et administratives en Israël a été promulguée. Elle stipulait, entre autres, que les Juifs qui avaient perdu leur propriété à Jérusalem-Est en 1948 pouvaient demander la restitution de leurs biens. Par contre, la loi israélienne de 1950 sur la « propriété des absents » interdit aux Palestiniens qui ont perdu leur propriété en Israël en 1948 de la récupérer. Leurs biens deviennent automatiquement propriétés de l'État qui les distribue aux seuls Juifs. Ainsi, la loi israélienne prévoit explicitement un traitement différent pour les Juifs et les Palestiniens.

Il s’agit donc bien d’un nettoyage ethnique programmé et mis en exécution d’une façon méthodique dans le but de vider Jérusalem d’une bonne partie de sa population palestinienne et sa judaïsation forcée.

Les Palestiniens de Jérusalem savent que laisser passer l’expulsion de ces quatre familles serait ouvrir la porte à un déplacement forcée de la population palestinienne (un crime de guerre en Droit international). Ils savent aussi que malgré l’annexion de Jérusalem par Israël en 1980 et la reconnaissance de celle-ci par Trump en 2018 comme étant la ville des seuls Juifs, la bataille de Jérusalem n’est pas perdue car le gouvernement israélien n’a jamais pu imposer sa souveraineté sur la ville sainte face à la résistance des Palestiniens de Jérusalem.